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21 Jan

Fils de la Terre - 3 ème partie - Aliensis - 2

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Nouvelles


Voltène


II


Lorsque les portes de la cathédrale s'ouvrirent enfin, Sirka fut heureux d'échapper à la longue messe qui l'avait empêché de battre la campagne du haut de ses douze ans. Il avait espéré un peu d'ombre et quelques piécettes qui seraient tombées par terre par mégarde après la quête. Il repartit les poches aussi vides qu'au début de l'office.

Le soleil baignait la place emplie de la musique des grandes orgues qui saluaient les noces du jongleur et de la chanteuse.


Bertrand qui venait de les marier fut heureux de leur récente décision professionnelle : s'associer tous trois pour dénicher un mécène qui mettrait fin à leur errance de château en château. Avec un troisième artiste, nul doute qu'un seigneur leur offrirait l'asile pour longtemps.

Les voix de Génésia et d'Aliensis s'harmonisaient à ravir sur les accords de quarte ou de quinte que le moine se plaisait à écrire sur tout ce qu'il avait à portée de main, des nappes aux robes des belles, en passant par de petits cailloux qu'il déposait sur le sable de leurs chemins qu'il avait ratissés pour y dessiner des portées...

Tandis que Bertrand composait ses mélodies et ses textes en langue d'oïl pendant le voyage, les deux amoureux chassaient. Ils régalaient parfois d'un concert un aubergiste qui les régalait à son tour d'un bon repas et leur offrait le coucher. Il n'était pas rare qu'ils accompagnent une noce... Encore moins rare que la mariée soit pure, Aliensis étant passé par là avant le mari, en toute discrétion cependant...

Génésia nageait dans le bonheur entre son amour pour Aliensis et son amitié pour Bertrand. Elle ne concevait aucun soupçon pour son mari très amoureux d'elle.


Lorsque le seigneur de Voltène leur offrit l'hospitalité en son castel, ils virent là tous trois la fin de leur vie de saltimbanques.


- Holà, joli minois ! Viens un peu par ici !

Génésia qui s'était un peu perdue dans les salles du château, aperçut un groupe de serviteurs mais ne vit pas que le seigneur s'adressait à elle.

- Par ma foi, vas tu répondre ?

Comprenant enfin sa méprise, et soucieuse de rejoindre les autres pour se faire expliquer son chemin, la jeune femme répliqua :

- Où voyez vous ici un joli minois, monseigneur ?

- Tu te moques ! Ne connais tu pas ces longues boucles blondes, cette taille souple et féline, ces jambes de reine...

Ce disant, il tournait autour de la dame et soulevait sa jupe de sa crosse. Elle s'éloigna d'un bond :

- Tout doux, monseigneur, tout ce qui passe ici ne vous appartient pas déjà...

- Serais tu déjà prise ?

Elle rit de bonheur en pensant à son mari :

- Le jongleur est mon mari ! annonça t elle fièrement.

- Ton mari !?

Le seigneur partit à rire de si grand coeur que tous le regardaient avec inquiétude. Il hoquetait, toussait, suffoquait, peinait à reprendre son souffle... Il ne pouvait s'empêcher de penser au jongleur et ce faisant, repartait de plus belle...

- Par ma foi, monseigneur, finit par dire la belle en haussant ses fines épaules, je ne vois pas ce qui vous met en si grande joie...

- Il s'amuse avec bien d'autres que toi, tu peux m'en croire ! Cela vaut bien une petite revanche, qu'en dis tu ma toute belle ?

Il tira tout en parlant sur le cordon qui retenait le bustier de la jeune femme. Elle pirouetta sur elle même, rattrapant de justesse les deux pans de son habit pour couvrir ses seins qui se déployaient soudain libres. Les yeux de l'homme prirent un aspect vitreux sous le coup du désir. La jeune femme se sauva àtoutes jambes, poursuivie par le rire du butor.


Elle courut à la recherche de son cher Aliensis, le regard brouillé de larmes, le coeur lourd des accusations injustement portées contre lui. Elle ne savait où trouver son mari et commençait à sentir une angoisse l'envahir quand elle se heurta à Bertrand. Hors de souffle et de chagrin, elle hoquetait en faisant de son mieux pour expliquer à son ami ce qu'elle venait de subir.

- Je le cherche ! Sais tu où je puis le trouver ?

Le moine se doutait bien que la question se poserait à un moment ou à un autre. Embarrassé, il tenta d'apaiser la jeune femme par sa verve :

- Ce brigand de Voltène ! On est seigneur mais on ne vaut guère plus qu'un vilain... Laisse moi passer, je vais aller lui ôter l'envie de poser ses sales pattes sur toi !

Il ne manquait pas de loucher sur le décolleté béant que la belle, toute à sa fureur, avait oublié. Elle s'en aperçut, rougit joliment et s'empressa maladroitement de fermer sa blouse, tandis que le moine appréciait le spectacle.

- Peu me chaut ce triste sire ! Je veux que mon Aliensis me console. Consentiras tu à me dire où il est, par la toute fin !

- Je ne sais... Je ne sais... bredouilla le trouvère, bien en peine, pour une fois, de trouver des mots...

- S'il en est ainsi, je vais continuer à le chercher hors du castel. Je vais au bourg, s'il me cherche, dis le lui...

Devant le danger que représentait la décision de la jeune femme, le trouvère improvisa :

- Je t'accompagne !

Grâce aux efforts de Bertrand, ils rentrèrent bredouilles.

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