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21 Jan

Fils de la Terre - 3 ème partie - Aliensis - 3

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Nouvelles


Sirka



III



C'est alors que Génésia entendit parler de Sirka.


Le garçon déambulait seul dans les ruelles du bourg. Parfois, les servantes du château lui mettaient de côté un os de poulet ou des miettes de gâteau. Souvent il dormait sur le tas de chiffons qui lui servait de bagages. L'hiver, il s'enroulait dedans.

Sirka était crasseux. Boueux même. Cependant, malgré l'adversité, il était capable de vous couper le souffle d'un seul sourire lumineux.

Elle prit l'habitude de le chercher pour lui apporter un vêtement qu'elle avait cousu à son intention, un morceau de pain ou simplement pour bavarder avec lui. Ce jour là, elle aurait juré qu'il venait de pleurer. Elle s'assit près de lui. Il lui fit une place sur son ballot pouilleux mais s'obstinait à fixer un point lointain.

- Qu'est ce qui se passe ?

- Rien ! renifla t il.

- Tiens, je t'ai apporté du fromage et un quignon de pain...

Il lui lança un regard vorace et l'embrassa avant de croquer dedans à pleines dents. Elle lui laissa le temps de se rassasier, lui offrit sa gourde pour se désaltérer. Il sentit qu'elle y avait versé une tisane chaude. Il but longuement. Il lui adressa alors un pauvre sourire.

Emue, elle l'entoura d'un bras maternel :

- Maintenant, tu peux me dire ce qui ne va pas, si tu veux...

Il hocha la tête, soupira puis se lança :

- Le seigneur de Voltène me veut à son service.

Génésia pensa qu'il avait une chance de sortir enfin de la misère et de l'isolement. Elle se retint de dire quoi que ce fut, pour entendre les explications du garçon.

- Je n'irai pas !

Elle ne put rien en tirer de plus.

- Fais ce qui te semble juste. Je reviendrai te voir demain.

Il lui tomba dans les bras pour lui dire au revoir. Elle le sentit trembler et le serra fort avant de partir.



Le lendemain, elle ne put le voir. Elle retourna toute la bourgade, courut par les champs et les bois. En vain. Elle aperçut une masure et crut enfin toucher au but. Peut être l'enfant y avait il trouvé refuge ?

Les rires qui en fusèrent tout à coup, même étouffés, indiquèrent clairement ce qui se passait en ces murs. Discrètement, elle allait s'éloigner lorsqu'il lui sembla reconnaître une voix. Tremblante, elle s'approcha. Elle reconnut sans erreur possible la voix d'Aliensis. Sans réfléchir plus avant, elle entra. Le tableau qu'elle eut devant elle lui ôta le moindre doute. Défaillante, elle s'apprêtait à fuir lorsqu'elle se ravisa. Rassemblant le peu de vie qui restait en elle, elle s'adressa aux deux amants :

- Je cherche Sirka, le gosse des rues. L'avez vous vu par ici ?

Aliensis profita du répit qu'elle lui donnait pour se lever, nu, et saisir son bras :

- Ne pars pas ! Je vais t'expliquer...

- Quoi ? Tout est clair ! Il y a plus urgent ! Sais tu où est Sirka ?

- Non. Pourquoi le cherches tu ? - Le seigneur de Voltène voulait le prendre à son service. L'enfant ne voulait pas y aller. J'ai peur pour lui...

Aliensis échangea un rapide regard avec sa maîtresse. Il lui ordonna :

- Cours appeler Bertrand. Dis lui qu'il nous rejoigne au plus tôt. Tu sais où nous allons...

Elle confirma d'un signe de tête. Il s'habilla en hâte puis lança à sa femme :

- Dépêchons nous ! Tu n'as pas cherché où il fallait !

Il s'élança devant elle. Ils arrivèrent au château. Ils montèrent les degrés de l'escalier jusqu'à la chambre du seigneur où ils entendirent des pleurs et des cris de fureur.

Lorsqu'ils écartèrent la tenture qui occultait l'entrée, ils virent l'enfant qui tentait de se dissimuler derrière la ruelle du lit, tandis que Voltène s'acharnait à l'attraper pour le hisser sur les couvertures, en vain. Aliensis se jeta entre eux au moment où le moine entrait en trombe dans la pièce.

- Monseigneur ! tonna t il. Est ce ainsi que vous vous comportez en bon chrétien !

- La chrétienté, je m'en moque ! rugit l'autre. Je suis le maître chez moi, encore !

- Il n'y a guère que de vous même, alors, que vous ne l'êtes plus ! s'indigna Aliensis. Oser s'en prendre àun enfant !

- Parce que vous même, Joli Coeur, vous surveillez l'âge de vos maîtresses ? Ironisa Voltène.

Cependant, l'enfant, emmitouflé dans un drap, était venu se réfugier dans les bras de Génésia. A ces mots, il releva le visage vers celui de sa protectrice et vit qu'elle pleurait sans bruit. Il l'entraîna vers la sortie.

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