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13 Apr

Floralies : poésie printanière - 4

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #poésie

FLEURS DU MONDE

 

Si l'on pouvait s'habiller de fleurs

comment s'habilleraient les Inuits ? Les Sibériens ?

Peut-être sauraient-ils

composer des tenues comme un peintre

composerait sa toile pointilliste :

un flocon de neige blanche ici

un flocon de neige bleue par là

une touche de neige pourpre près de celle-ci

un soupçon de neige pulvérisée par là-bas

et un pinceau de poils de phoque

pour couronner le tout ?

 

 

Si l'on pouvait s'habiller de fleurs

comment s'habilleraient les Berbères, les Bushmen,

les Irakiens, les Afghans et autres Somaliens,

et tous ceux qui ne voient plus de la terre

que les cailloux et les décombres ?

Peut-être que les autres peuples

dans leur grande humanité

les couvriraient de pétales de fleurs ?

Mais ils n'auraient plus alors

que leurs yeux pour pleurer...

 

  • Ils ont les yeux secs, ils ont déjà usé toutes leurs larmes, me direz-vous. Mais au fait, pourquoi pleureraient-ils s'ils sont aidés ?

  • Parce qu'ils n'auront jamais assez de générations d'enfants qui survivront pour payer leur dette.

  • Quelle dette ?

  • Celle de l'aide des autres nations.

  • Mais c'est une aide...

  • La crois-tu gratuite, naïve que tu es ?! Pourquoi crois-tu que tant de pays en difficultés la refusent ?

  • C'était pourtant une belle idée...

  • Laquelle ?

  • Celle de pouvoir s'habiller de fleurs...

  • D'accord. Reprenons...

  • Pourquoi fais-tu la moue ?

  • Parce que c'est dur d'imaginer, que – quoi qu'on fasse, avec les meilleures intentions comme avec les pires, tout – à l'échelle mondiale – a des effets pervers...

  • Alors, on le reprend ce thème ?

  • Si l'on pouvait s'habiller de fleurs, on se rendrait compte que certains jours, on a besoin de largesse, de souplesse, et d'autres, de tenue, de retenue. Parfois on se sent éclatant de couleurs, parfois on recherche l'ombre et la douceur. Certains jours, on se sent rempli de certitudes, et le soir-même on avoue, avec reconnaissance, s'être trompé... La fleur, les pétales des fleurs, posés sur toi, comprendraient tes tâtonnements, anticiperaient tes erreurs, encourageraient tes élans pleins de promesses, souligneraient ce qui te paraît de ton petit point de vue accessoire, accompagneraient tes humeurs, te préviendraient de te méfier ou te détermineraient à foncer. Il suffirait d'apprendre à faire le calme en toi pour saisir la nuance, apprécier le toucher, goûter le ressenti, jauger le grain, juger de l'imminence ou de l'urgence... Tu serais un peu maître à ton propre bord, tu commencerais à te connaître et cependant, tu aurais toujours quelque chose à découvrir sur toi mais alors, cela agirait comme une ouverture sur les autres, qui, eux aussi, t'apparaîtraient à peine différents, tellement plus légers... Et le sourire intérieur pourrait naître. Tu aurais sans cesse une chanson qui se chanterait toute seule au fond de toi : l'écoulement de l'eau où tu aurais cueilli ce pétale d'iris jaune, le frôlement d'une aile près de laquelle tu aurais choisi ce pétale de joubarbe, la musique entendue ce matin dans le jardin quand tu as cueilli ce pétale de fleur de pommier, le murmure de ta gamine qui en souriant t'a apporté la première violette de la saison. Tu ne pourrais assagir ton corps prêt à danser à tout instant pour accompagner ces chants du monde...

 

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