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24 May

VOL DE REVE - Chapitre 3

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Histoire policière

 

 

 

 

 

 


3 PERSONNE A SA PLACE



Perdu dans ses pensées, Harekheni sourit intérieurement... Sa sœur Bérénice et Néféret, leur amie, jouent comme des gamines dans le jardin. Elles ignorent sa présence. Il vient d'arriver, en fait. Il a passé une journée éprouvante. Après ce vol dans le lieu sacré, le cours a fini par reprendre, mais le cœur n'y était pas. Jamais la journée ne lui avait paru si longue. Mais cela valait la peine d'attendre, si c'était pour assister à ces jeux-là. Les filles s'enfuirent soudain, comme des ibis effarouchés.


Des ibis, c'était le mot juste. Néféret ne portait-elle pas une robe transparente de la couleur de leurs plumes, des perles dans sa chevelure noire laissée libre qui tombait sous les épaules et des boucles d'oreilles, assorties à sa tenue et à son pectoral ? Lorsqu'elle courait, son corps de chatte paraissait nu dans ses mouvements de jeune animal. En réalité, il n'aurait su dire comment était habillée sa sœur. Elle faisait partie de son décor quotidien. Aucun intérêt... Lorsque les jeunes-filles revinrent, chacune portait une jarre et elles se mirent à puiser de l'eau dans le bassin pour s'en asperger. La robe déjà moulante de Néféret ne devint plus qu'un instrument de torture pour Harekheni. Il se hâta de se montrer pour éviter aux deux amies d'aller plus loin... Lâchant un petit cri de surprise, la jeune-fille s'enfuit aussitôt.


- Ça fait longtemps que tu es là ? s'informe d'une voix orageuse Bérénice.


Devant l'hésitation de son frère, elle vire au rouge :


- Tu t'es bien amusé ? Et elle quitte les lieux, furibarde.


- Attends !


La jeune-fille est déjà dans sa chambre...


- Je peux entrer ?


- Tu ne t'es pas posé la question tout à l'heure !


- Je suis aussi chez moi...


- Peut-être, mais personne ne t'oblige à nous épier...

- Je n'épie personne, en effet. Je vous ai surprises par hasard. Je ne savais pas que vous seriez là...


- Ça suffit ! Qu'est-ce que tu veux ?


Il est l'aîné de quelques mois, mais sa sœur a toujours eu sur lui un ascendant qu'il ne s'explique pas. Il se sent parfois timide devant elle. Il a beau savoir qu'il n'a rien fait de mal, elle lui en veut de ne pas s'être manifesté plus tôt... Le moyen de sortir d'un rêve aussi magnifique ? On n'a qu'une envie : qu'il ne s'arrête jamais...


- Excuse-moi. Je me suis montré un peu tard...


- Qu'est-ce que tu veux ? répète la jeune-fille d'un ton sec.

- Tu es au courant de ce qui s'est passé au palais, ce matin ?

- Non, quoi ?

Il lui explique le vol des offrandes sacrées en quelques mots. Au fil de son discours, il s'aperçoit que la jeune-fille se sent de plus en plus mal.

- Qu'est-ce que tu as ? C'est cette histoire qui t'inquiète ? s'étonne Harekheni.


- Non, je ne sais pas. Laisse-moi !


- Mais, je...


- Laisse-moi, je te dis !


C'est au tour du jeune homme d'être furibond. Il ne sait pas ce qu'elle a, sa sœur, en ce moment, mais il n'y a pas moyen de lui parler ! Comment lui dire, maintenant, qu'il a vu qui a fait le coup ? Enfin, la tenue de celle qui a fait le coup... Comment savoir, désormais, à qui appartient ce voile si particulier qu'il n'avait jamais vu auparavant ?


En descendant les marches des chambres en terrasse, il trouve sa mère dans la pièce principale, affairée à piler des épices pour le repas du soir. Il soulève le couvercle du pot qui frémit et se délecte de l'odeur en attendant mieux. Il s'aperçoit soudain qu'il meurt de faim. Sa mère, Méréret, celle qui est aimée, lui sourit. Il vient l'embrasser et pris d'une inspiration soudaine, lui parle de l'événement de la matinée. Elle non plus, ne connaît pas la nouvelle. Elle aussi, il en jurerait, a blêmi. Mais elle reste là. Il en profite pour pousser ses pions :


- J'ai vu le voleur, ou plutôt la voleuse...


Sa mère s'assoit, soudain plus pâle que la mort. Il se précipite pour la soutenir.


- Mais enfin ! Qu'est-ce qu'il y a ? Il se passe quelque chose de grave ?


Bérénice, au bas de l'escalier, accourt aussi, l'air toujours aussi revêche.


- Tu n'as pas bientôt fini avec tes sales questions !


Éberlué, Harekheni quitte la maison et s'en va, au hasard des rues. Il ne s'est pas senti aussi malheureux depuis la mort de son père. Il erre longtemps, Râ ne laisse désormais plus qu'un filet orangé à sa traîne dans le ciel. Il frissonne bien que la nuit n'ait pas apporté la fraîcheur avec elle. Il lève le nez pour juger de l'endroit où il s'est fourvoyé et s'aperçoit qu'il se trouve non loin de la maison de Néféret. Sans réfléchir, il se montre à la fenêtre.


Kary, le père de Néféret remarque sa présence, lui sourit et lui fait signe d'entrer. Réconforté, Harekheni obéit.


- Tu veux boire quelque chose ? lui demande Kary.


- Non, merci ! Je pourrais voir Néféret ?


L'homme sourit malicieusement :


- Ha ! C'est pour un rendez-vous ? Dommage que Néféret ne soit pas au courant, elle n'est pas là, ce soir...


Déçu, Harekheni se demande où a bien pu se rendre la jeune-fille. Il souhaite désormais s'en aller au plus vite, mais Kary s'avise de lui faire partager son repas tardif. Il lui offre même de le raccompagner chez lui à la nuit noire mais Harekheni préfère rentrer seul, étonné que l'homme ne soit pas plus inquiet pour sa fille qui n'est pas encore rentrée, elle non plus. Rentrera-t-elle seule ? S'il attendait sa venue, dans une encoignure de la ruelle ? Soudain, une question s'imposa à lui : Où était Seshat, la mère de Néféret ? Elle non plus n'était pas là, ce soir...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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