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13 Aug

VOL DE REVE - Chapitre 9

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Histoire policière

9

 

 

Néféret ferme les yeux pour laisser monter la colère noire qui l'envahit et lui permettre de s'échapper, une fois qu'elle aura dépassé son front. Alors, elle soupire et imagine que l'intérieur de son corps se teinte de turquoise, de blanc et de magenta. Les fluides semblent se mêler à la transparence de la lumière et lui rendre le contrôle de soi-même.

La petite assistance suit sur son visage l'évolution de ses émotions en retenant son souffle. Tout à coup, l'esquisse d'un sourire relâche la tension ambiante. La jeune femme ouvre ses grands yeux noirs aux longs cils de la même couleur et prend la parole de sa belle voix vibrante :

- Tu souhaites quitter le groupe, dis-tu ?

La toute jeune fille qui lui fait face garde, elle, les yeux baissés et n'ose répondre. C'était déjà bien assez d'émettre le vœu de tout arrêter. Aussi, comment expliquer à Néféret et à toutes les autres, qu'elle croyait sincèrement y arriver au début, mais que depuis, elle a vu tous ses efforts et ses espoirs déçus ?...

Néféret est désormais parfaitement calme. Elle a accepté toutes les éventualités, mais doit s'assurer que leur petite communauté ne courra aucun risque après cette défection. Même s'il s'agit de la première, elle pourrait bien représenter un mauvais exemple pour les autres... Sans compter...

- Qu'as-tu l'intention de faire ?

Nekhbet lève des yeux interrogateurs sur la jeune femme. Celle-ci s'adresse alors à l'assistance, sans plus élever le ton que si elle parlait à sa voisine :

- C'est la première fois que l'une d'entre nous souhaite nous quitter. Je pense qu'elle n'osera pas me dire ses vraies raisons...

Elle regarde la jeune fille qui baisse la tête une fois de plus.

- S'est-elle confiée à l'une d'entre vous ?

Une femme assez âgée se lève et prend la parole :

- Je suis Samout. Nekhbet est ma fille, comme tu le sais. Cela fait longtemps qu'elle doute d'elle-même. C'est moi qui l'ai enjointe de prendre une décision. Elle est trop malheureuse...

Néféret se demanda comment on pouvait être malheureuse d'avoir la chance d'apprendre, mais elle se souvint que l'animal-fétiche de la jeune fille était le vautour, tandis que le sien était l'aigle. Peut-être était-ce pour cela qu'elle souffrait particulièrement de ce premier abandon. Elle se sentait à la fois proche de la jeune fille, et dans l'impossibilité complète de la comprendre...

Elle se tourne vers Nekhbet. En son for intérieur, elle s'attendrit de la voir si jeune. Elle n'a pourtant elle-même qu'un ou deux ans de plus que la jeune fille, mais elle se sent infiniment plus vieille. Peut-être parce qu'elle a accepté l'année dernière déjà, la responsabilité du groupe des femmes de la ville. Depuis quelques semaines, leurs cousines ou leurs sœurs qui vivent dans la campagne alentour commencent à demander à intégrer le groupe. Elle n'a toujours pas pris de décision à ce propos. Elle attend que les avis de ses compagnes mûrissent en elle plutôt que de mal juger la situation. Elle commence à en avoir assez de ne voir que la lourde masse des cheveux noirs bouclés de Nekhbet, qui lui cachent son visage. La jeune fille paraît aussi malhabile qu'un jeune faon aux articulations trop larges pour la finesse de ses membres.

- A quel propos as-tu des doutes, Nekhbet ?

La jeune fille interpellée sursaute et jette un coup d'œil en biais à sa mère. Elle déglutit et se lance, d'une voix étonnement puissante et grave, qui surprend les plus timides :

- Je n'y arrive pas ! Je n'y arriverai jamais...

Des sanglots l'interrompent. Sa mère et Néféret s'approchent et l'entourent de leurs bras. Leurs regards muets se croisent et lisent la même compassion dans celui de l'autre. Néféret conclue d'une voix apaisante :

- Emmène-la, Samout, et rassure-la. Nous réfléchirons avec elle selon ses voeux mais nous prendrons le temps nécessaire pour juger ce qui sera la mieux pour tout le monde. Que ses amies aillent discuter avec elle...

La mère de Nekhbet intervient :

- Je t'invite chez moi, Néféret. Ce que tu proposes a déjà été fait maintes et maintes fois. Je t'expliquerai tout et tu prendras les dispositions qui te semblent nécessaires...

- Puis-je savoir une chose avant que vous rentriez ?

La femme hoche la tête et attend.

- Quelle est ta propre décision, Samout ?

- Les doutes de Nekhbet concernent ses propres capacités, pas le bien-fondé de notre travail. Je ne suis pas très sûre de moi non plus, mais je suis sûre d'une chose : je continue !

Néféret lui sourit. Elle se félicite de ne pas s'être laissée aller à la colère. Elle aurait pu fragiliser la petite, et la fondation du même coup. Elle a échappé à la catastrophe... Tout est pour le mieux !

 

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