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30 May

A Brûle-Pourpoint 2. Il est temps de donner le maximum*

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Nouvelles

     Les rires des enfants l'accueillirent. Elsiora était en train de faire virevolter sa jolie jupe devant son petit frère. Elle avait accroché sa veste autour de ses reins pour lui donner plus d'ampleur. Elle y avait épinglé quelques fleurs qu'elle avait pu trouver sur les pentes de la montagne en remontant de l'école... Cateline eut un sourire un peu triste. Toutes les petites filles du monde rêvent de porter de grandes jupes qui flottent autour d'elles quand elles dansent !... Elsiora se jeta dans ses bras en rosissant de plaisir. Elle la fit tournoyer en riant.
     Et pourquoi pas ? pensa-t-elle soudain.


     La case de Cateline bruissait de toutes parts... Les hommes avaient accepté de garder les enfants entre voisins. Toutes les femmes et les adolescentes du hameau avaient répondu à l'invitation de la jeune femme. Elles arrivaient, un sourire éclatant aux lèvres, les bras chargés de petits cadeaux, de boissons ou de gâteaux faits maison.  Depuis l'Événement, chacun avait survécu de son mieux, plutôt dans l'isolement, la peur et la tristesse. Les seuls rassemblements avaient été vécus dans la précipitation, la colère, ou le désespoir, même s'il s'agissait de s'organiser, de reconstruire... C'était la première fois qu'on se réunissait pour le plaisir d'être ensemble... Les dernières arrivées embrassaient les plus proches de la porte, de petits groupes s'étaient formés et discutaient un peu partout. Lorsque tout le monde fut à peu près là, un cercle se dessina tout naturellement autour de la maîtresse de maison. Certaines avaient trouvé un siège, d'autres avaient choisi un bout de tapis, une marche, les lits, ou s'étaient assises sur les genoux des autres. Peu à peu un silence bienveillant, mais peuplé d'interrogations, se fit...



     Elle n'avait pas l'habitude d'être le point de mire. Elle se remémora rapidement toutes ses bonnes raisons d'agir ainsi et  se lança :
- C'est peut-être idiot, mais...je crois bien que j'ai eu une idée !
     Quelques sourires malicieux apparurent mais elles étaient toutes déjà très attentives et attendaient la suite :
- Voilà ! On en a toutes assez d'être habillées comme des sacs...
- Ca, c'est sûr ! entendit-elle de tous côtés. Quelques rires fusèrent, mais les autres, bien qu'amusées, émirent des " chuuut !" dans tous les coins. Cateline reprit :
- Alors, pourquoi on ne chercherait pas  à améliorer les horreurs qu'on nous fournit ?
     Elle vit les yeux s'agrandir autour d'elle. D'abord incrédules, puis de plus en plus vifs... L'idée commençait à se frayer un chemin dans toutes les têtes.



     Tout à coup, un remue-ménage eut lieu près du seuil. Quelques jeunes hommes arrivèrent en parlant fort, en pouffant de rire, enjambant les femmes qui bloquaient le passage et qui s'en amusaient.
- Alors, nous, sous prétexte qu'on est des hommes ( jeunes, beaux, sans enfants...), on nous exclue ?...s'indigna faussement Ortensio, le plus âgé, aussitôt rejoint par ses comparses.
     L'hilarité fut générale. Ils " exigèrent" une explication qu'elles voulurent bien leur donner. Cateline remarqua le changement d'attitude d'Ortensio, qui lui sembla étrangement concentré tout à coup.
- Hé bien, le beau parleur saurait-il par hasard comment faire pour nous procurer des fils de couleurs, des aiguilles, des...?
- ...Ciseaux, des épingles, des...coupèrent les autres,
- ...Surtout des rubans, des dentelles, des...imagina Cateline, et elle se prit à rêver que tout était de nouveau à disposition dans les magasins et qu'elles allaient pouvoir inventer, dessiner, couper, coudre, décorer des toilettes sublimes pour elles et leurs filles.
- Ooooooh ! interrompit le jeune homme en plaisantant. J'en sais rien, mais pourquoi, nous, les hommes, on pourrait pas aussi avoir de chouettes tenues pour vous inviter à danser ?
- Encore faudrait-il que tu saches danser !.. jeta la plus jeune en pouffant.
     L'assemblée rit de bon cœur. Ortensio traversa la pièce et alla droit à leur jeune hôtesse. Il la salua d'un signe de tête avant de la saisir dans ses bras. Il l'embarqua aussitôt dans un pas de polka endiablé. Les filles assises devant leur passage eurent tôt fait de déguerpir en poussant des cris.
     Les amis du jeune homme se mirent à siffler et à chanter, à frapper en cadence dans leurs mains ou sur les parois verticales des quelques meubles qui étaient tous encombrés de femmes. Les filles chassées par le couple de danseurs furent invitées à leur tour par les autres garçons, ce qui eut pour effet d'expulser tout le monde hors les murs exigus de la maison.

 

 

 

 

     Plusieurs entreprirent alors de ramasser du bois sec et de faire un feu. Des chansons plus calmes s'élevèrent, tandis qu'on se rasseyait en cercle autour du foyer crépitant sous un premier quartier de lune.
     On ne savait pas trop encore comment on allait s'y prendre, ni où on allait trouver les matériaux, mais tout ce qu'on savait, c'est qu'on allait y arriver !

 

 

 

  * Il est temps de donner le maximum ( It's time to sock it to them) : expression idiomatique anglaise.

 

 

29-30/05/12



    

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