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01 Jun

A Brûle-Pourpoint 3. Avoir la peau d'oie*

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Nouvelles

     L'une des filles, la jolie Ambra, faisait la tête depuis le début de la soirée. Au début, cela ne s'était pas trop vu, mais à force, et devant son attitude désagréable, ses amis furent contraints de le remarquer. Ils quittèrent la soirée les premiers.


     Dès le lendemain, les femmes et les filles du hameau se mirent en quête d'outils et de matériaux susceptibles de leur servir... Elles se rendirent qui à l'école, qui au travail de Reconstruction Collective, qui aux Services Municipaux afin d'assumer leur tâche, mais chacune gardait en tête l'objectif d'améliorer leurs tristes uniformes.



     Elles savaient aussi qu'il était indispensable de se montrer prudentes, car la Ville n'accepterait certainement pas un écart au règlement fixé après l'Événement. Or, personne ne l'avait jamais eu sous les yeux, ce texte. Les Responsables municipaux, qui d'ailleurs n'avaient jamais été élus mais qui avaient décrété d'autorité qu'ils étaient les mieux placés pour assumer ces postes,  s'étaient contentés d'en évoquer les grandes lignes, très vaguement, à leurs administrés. Mais le Service d'Ordre pouvait à tout instant intervenir et vous estimer coupable pour un détail ou un autre, à tout hasard, ou sur la dénonciation d'un anonyme...



     Pire, on pouvait vous soupçonner de sectarisme, et elles tremblaient qu'un intrus ait eu vent de leur réunion d'hier... Heureusement que leur hameau était protégé par des obstacles naturels dissuasifs : d'ardues pentes montagneuses, la froidure les trois-quarts de l'année, les failles profondes dans la roche, qui rendaient la progression dangereuse pour toute personne étrangère au quartier... D'ailleurs, au hameau, les enfants avaient pour règle de ne pas s'éloigner des sentiers que les adultes leur avaient montrés.



     Elles avaient convenu de ne pas stocker les trésors qu'elles  trouveraient dans la seule case de Cateline, par prudence. Mais elles avaient aussi élaboré un système pour se prévenir des dernières nouvelles, de manière discrète et sûre. D'ailleurs, c'était Ortensio qui en avait eu l'idée. Le jeune homme, avant l'Événement, travaillait au Service des Transmissions, mais comme le secteur était coupé du reste du monde depuis la catastrophe, plus personne ne pouvait communiquer avec l'extérieur. Les membres des familles qui n'habitaient plus la région ne savaient même pas qui était sain et sauf, ni qui était porté disparu ou décédé...


     La veille, avant qu'on se sépare, il avait expliqué comment elles pourraient communiquer entre elles en toute discrétion, et toutes avaient approuvé en applaudissant, tant l'idée leur paraissait à la fois simple et intelligente. En fait, il leur suffirait de mettre une fleur ou un autre végétal dans leurs cheveux en rentrant de leur travail le soir, pour que chaque voisine sache si elles rapportaient quelque chose. Dans le cas où elles rentraient bredouilles, il suffisait qu'elles ne le fassent pas. Ainsi, lorsqu'on aurait suffisamment rassemblé de petites trésors, pourrait-on se réunir de nouveau pour faire le point et réfléchir ensemble comment mettre l'atelier en route...Mais si l'une d'entre elles avait une nouvelle urgente à communiquer aux autres, elle tiendrait une brindille à la main... Alors, la plus proche voisine irait voir ce qui se passe, et ainsi de suite lorsque la précédente rentrerait chez elle. Ainsi, tout le réseau serait rapidement mis au courant.



     Il avait attendu le départ de la plupart des gens pour soumettre une autre idée à Cateline et à ses proches amies. Malgré le danger que cette nouvelle proposition impliquait, elles avaient fini par se laisser convaincre, bien qu'à contre-cœur. Quand Ortensio quitta son travail ce soir-là, au lieu de rentrer directement chez lui ou de retrouver ses amis, il se faufila dans l'ombre pour mettre son plan à exécution. Il s'arrêta net en entendant des voix devant lui. Il eut tôt fait de reconnaître le groupe qui passait devant lui, la belle Ambra en tête. Il se demandait ce qu'ils faisaient là au lieu d'être rentrés chez eux, lorsqu'il comprit ce qu'ils disaient. Il en eut la chair de poule...

 

 

 

* Avoir la peau d'oie : expression italienne : avere la pelle d'oca ; avoir la chair de poule.

 

 

 

 

01/06/12



    

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