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24 Feb

Aimer dépasser la peur...

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Textes à méditer

 

Les Américains sont très forts pour écrire des livres dits de « développement personnel ». Une amie vient de m'en offrir un, et j'avoue que je reste perplexe. En fait, ce qui me rend perplexe, c'est que j'en ai déjà lu un certain nombre, et je les trouve tous fabriqués sur le même modèle. L'auteur est enthousiaste et sûr de lui, il nous montre que sa méthode a réussi, qu'elle est à toute épreuve, et finalement, que si tu n'y arrives pas... c'est que tu n'es vraiment pas très malin. Ou t'as pas vraiment essayé. Ou t'as pas assez persévéré. En tout cas, lui, il t'aura prévenu(e) !

En outre, il nous donne un certain nombre de recettes qu'il faut absolument mettre en œuvre pour que ça marche, comme par exemple, participer à des groupes de soutien ( très à la mode aux États-Unis), ou faire de la relaxation en écoutant des cassettes toutes faites d'auto-suggestion. Oui... Bon ! Pour les stages de développement personnel, je connais quelqu'un qui en fait beaucoup, et qui ne sait plus à quel saint se vouer, tant il en fait de différents, sans jamais se sentir satisfait au bout du compte. L'exemple ne suffit pas à en faire une règle, mais réfléchissez pour voir si beaucoup de nos concitoyens se lancent dans cette voie. C'est assez rare, somme toute. Je crois vraiment que la mentalité américaine et la nôtre diffèrent fondamentalement sur ce point... Et pour les cassettes d'auto-suggestion, avant de passer aux cassettes, il me suffit de lire les auto-suggestions toutes faites proposées dans le livre pour me hérisser... Non pas qu'elles soient stupides ou à côté de la plaque, mais si... quand même ! En tout cas, à côté de ma plaque, car elles me sont totalement étrangères, même si je les trouve très bien, somme toute ! J'ai tout de même fait preuve de bonne volonté, dans mes jeunes années..., en enregistrant moi-même certaines phrases qui me faisaient du bien. Las ! Comment faire une relaxation en devant gérer en même temps un appareil sonore qui fait tout pour vous agacer, générer des bruits parasites et vous sortir de la douceur nébuleuse de votre état en vous faisant méchamment sursauter ? Bref ! Maintenant que j'ai jeté mon fiel sur les méthodes américaines de développement personnel, je vais tout de même en apprécier les bons côtés...

 

En effet, je les rejoins dans ce sens où j'ai appris, jeune adulte ( décidément !...), à ne pas me laisser envahir par ce que j'appelle ma petite voix, ce qu'eux appellent notre voix intérieure, presque toujours négative et première supporter et amplificatrice de nos peurs... Il me paraît primordial d'y mettre un stop clair et définitif, quand on la repère, ce qui est déjà une paire de manches, car on y est tellement habitués qu' au début, on n'en a même pas conscience ! Une fois qu'on l'a repérée, cette petite voix qui nous cause sans arrêt dans la tête, il faut encore convenir qu'elle est destructrice. Elle nous coupe tout élan, elle nous immobilise pour plusieurs années de trouille collée au ventre, elle nous rend racistes, insupportables, méchants, méfiants, juste parce qu'elle magnifie notre peur au rang de sagesse...ou de raison !

Quand on a compris cela, et qu'on la stoppe dès qu'elle se manifeste, on accomplit un premier acte de libération personnelle qui ne vaut que si on le répète. Parce que la petite voix n'abdique jamais. Il faut donc se montrer plus tenace qu'elle !

 

Ensuite, il me semble en effet indispensable de se brancher sur une voix positive, que l'on se construit soi-même, dont les mots ont énormément d'importance, c'est pourquoi je suis intimement persuadée qu'il est nécessaire de se les forger soi-même. En outre, le gros avantage, c'est qu'on peut les modifier selon les besoins, sans intervention d'une machine ou d'une personne extérieure à soi-même.

 

Susan Jeffers, le docteur en psychologie qui a écrit Tremblez, mais osez, le dernier livre offert par mon amie que je remercie, livre qui vaut la peine d'être lu ( aux éditions Marabout), raconte une expérience qui m'en a rappelé une autre, et que je trouve très intéressante. Lors des séminaires de développement personnel qu'elle anime, elle commence toujours par une sorte de jeu. Elle choisit dans l'assistance un monsieur très costaud, et comme elle est petite et grignette, le contraste est parfait. Elle lui demande de tendre le bras et appuie dessus pour le baisser. Bien entendu, elle n'y arrive pas. Elle propose ensuite au grand gaillard de se répéter dix fois, intérieurement : Je suis faible et indigne. Puis elle appuie sur son bras et n'a aucun mal à l'abaisser. Elle lui dit alors de se répéter intérieurement : Je suis fort et digne. Et là, elle n'y parvient plus. Elle pousse l'expérience, et c'est cela qui est intéressant, jusqu'à sortir de la pièce et laisser les autres participants décider de la phrase que doit se répéter Musclor. Quand elle revient dans la salle, le résultat correspond toujours à ce qu'il s'est suggéré, bien qu'elle-même n'en ait pas eu connaissance.

 

La petite voix que nous écoutons influe complètement non seulement sur nos actes, mais aussi sur nos décisions, sur notre état d'esprit pour nous y tenir ou pas, sur notre état d'esprit pour entrer en relation avec qui que ce soit, à quelque moment que ce soit, sur notre état de santé ( même si elle n'en est pas seule responsable, je suis persuadée qu'elle influe sur l'évolution de notre état de santé en l'amplifiant dans un sens ou dans l'autre)...

 

La peur est une compagne obligée, qui peut se montrer inhibante à moins qu'elle soit génératrice d'une action où, finalement, on se sent un peu poussé à sauter dans le vide, sans garantie. Cependant, il est assez aisé de faire le bilan. Lorsqu'on se laisse convaincre par l'inhibition, il nous arrive de le regretter amèrement. Lorsqu'on ose sauter dans le vide, et faire confiance, cela n'est pas si effrayant, au bout du compte. Et on se sent fier d'avoir osé, même si le résultat obtenu n'est pas toujours conforme à celui qu'on escomptait... Évidemment, il n'est pas question ici de prendre des risques inconsidérés... Mais qui ne prend aucun risque prend celui de mourir... d'ennui.

 

Notre état d'esprit quotidien nous conditionne dans un sens ou dans l'autre. En se levant le matin, on peut savoir déjà si ce sera une journée où l'on ose, ou un jour sans... Face à chaque choix qui s'impose à nous, on saura faire le tri ou on décidera d'emblée qu'il est impossible de décider. Les décideurs ont appris à se faire confiance, à suivre leur cœur ( je préfère ce mot à celui d'intuition, ou alors, j'opte pour le mot impulsion), à sourire à ce qui s'offre à eux, à chercher leur plaisir dans une situation qui, pour être nouvelle, n'en sera pas forcément dangereuse ou désagréable... Les trembleurs sont ceux qui préfèrent ne pas choisir, ou qui oscillent sans cesse d'un choix à un autre, ils vivent une situation qu'ils ont choisie, même par défaut, et cependant rêvent toujours d'une autre situation sans s'autoriser pour autant à agir pour obtenir la seconde. Ils se sentent en permanence insatisfaits, ils pourraient bouder, ou reporter leur mauvaise humeur ambiante sur les autres, ou les tenir pour responsables de leur mal-être...

 

Parfois, nous sommes à la fois décideurs et trembleurs. Tout dépend du jour, de la lumière du jour, de notre humeur du jour, de notre capacité à arrêter la petite voix qui nous serine à longueur de veille que nous ne sommes que des incapables, que de toute façon, nous ne valons pas grand-chose, que ce n'est pas la peine de dire quoi que ce soit à qui que ce soit...

 

Tout dépend de notre capacité à la remplacer par cette voix qui nous construit dans un silence relatif, un calme et un sourire intérieurs qui nous font apprécier la vie, ce qu'elle met sur notre chemin, ceux qu'elle met sur notre chemin...

 

Voilà pourquoi j'aime dépasser mes peurs...

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