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19 Oct

Conte d'octobre - 3 ( je crains que le conte d'octobre devienne un conte de Noël un peu avant l'heure...)

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Contes

 

IV

 

Un trou d'ombre apparut devant le feu et aussitôt, ses gestes lui renvoyèrent les bruits de la forge. L'homme paraissait seul, il allait et venait entre l'enclume, les braises et le soufflet, à un rythme lent et mesuré. Les aigüs lui vrillaient les tympans et il n'aimait pas l'odeur du métal fondu qui lui parvenait jusqu'à sa cachette. Il n'avait aucune intention de se montrer. Il sentait la colère monter en lui. Qui avait osé occuper les lieux en son absence ? Il décida d'attendre le nouveau jour pour épier l'intrus et aviser.

 

Il était déjà debout lorsque le soleil pointa à l'aube. L'astre éclairait tout le pan de la montagne opposé à la bergerie d'alpage qui elle, restait dans l'obscurité grisâtre et froide. Il nota avec étonnement que des travaux avaient restauré le toit de la cabane, et que de nouvelles clôtures avaient été dressées dans les prés alentour. Il ne pensait pas que des troupeaux réapparaîtraient en ces lieux avant longtemps, mais c'était plutôt une bonne nouvelle... Il perçut des bruits à l'intérieur lorsque la porte s'ouvrit brusquement. L'homme s'étira en bâillant, adressa un pet sonore à la montagne encore blanche de l'hiver qui lui en renvoya l'écho et pissa avec soulagement dans la haie à quelques pas du logis.

 

Il fronça le nez à ces odeurs incongrues et détourna la tête, toujours aussi contrarié. Il perçut le fumet des cendres refroidies dans la cheminée lorsque l'homme rouvrit la porte pour rentrer. A sa contrariété s'ajoutait l'inquiétude. Habituellement, les alpages n'étaient pas occupés à cette saison. Que faisait donc là cet étranger? Il décida d'en avoir le cœur net en cherchant prudemment des indices autour de la bergerie. Il découvrit la forge que l'homme avait façonnée sous une avancée de toit qui n'existait pas à la saison dernière. La neige avait été piétinée et marquait l'endroit de boue gelée. Mais il percevait une autre présence, et cela, il ne se l'expliquait toujours pas. Le vent tourna, lui apportant de nouveau l'odeur forte de l'âne, qui se mit à braire à tout va. Il préféra s'enfuir plutôt que de se faire repérer. Cependant, alors qu'il courait souplement pour rejoindre le couvert des fourrés, il comprit de quelle autre présence il s'agissait... Un petit ange... Des traces de la veille avaient été sculptées par la glace dans la neige. Des traces de petits pas d'enfant.

 

 

V

 

Alors qu'il s'approchait du torrent pour trouver à boire dans un trou dégagé par le gel, il se figea. L'enfant était là. Il ne bougea pas. Il s'assura par tous ses sens que l'enfant était seul. C'était le cas. Le petit babillait, un sourire baveux aux lèvres, le regard interrogateur, tous les doigts tendus en avant vers lui, s'approchant dangereusement. Il resta immobile et silencieux. Il ne broncha pas quand l'enfant s'agrippa à une poignée de poils à son épaule et lui plia une oreille. L'enfant le prit dans ses bras et posa la tête sur son chaud et doux pelage.

 

19/10/12

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