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06 Mar

La relation fusionnelle : faux-semblant de l'amour

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Textes à méditer

Quand la relation fusionnelle

se fait passer pour une relation respectueuse et aimante...

 

La relation fusionnelle, vous savez ? Celle du nourrisson ( juste après la naissance) et de sa mère... On ne fait qu'un. Tout va bien. Pas de vagues... Pas besoin de mots pour savoir ce que l'autre ressent... Une symbiose parfaite ! Pour un peu, on pourrait dire que le cordon n'a pas été coupé... On le dit, d'ailleurs. Mais il est parfois là, invisible mais bien présent, dans d'autres relations, à d'autres périodes de la vie que la jeunesse...


La relation idéale. Celle qui sert de modèle aux relations amoureuses. Aux relations familiales, en général. Voire, aux relations amicales ou professionnelles... Celle qui fait sans cesse référence à un âge d'or perdu... Celle que l'on cherche à retrouver tout au long de notre vie...d'esclave. Jusqu'à ce qu'on prenne conscience de notre esclavage. Jusqu'à ce qu'on sorte enfin de l'illusion d'amour. Jusqu'à ce qu'on décide, chacun pour soi, de ne plus donner dans le panneau, même si cela occasionne quelques pleurs et grincements de dents, voire des torrents de larmes ou de reproches salés... Car, si vous décidez de quitter ce type de relation esclavagiste, attendez-vous à vous entendre dire que vous êtes un(e) ingrat(e), après tout ce qu'on a fait pour vous, un(e) parfait(e) égoïste, qui ne pensez qu'à vous ( pléonasme ! Mais vous n'en rajoutez pas, vous ne le faites surtout pas remarquer...), que vous faites de la peine à... ( rayez la mention inutile) votre mère ( le plus souvent ; en tout cas, la première mentionnée), votre père, votre arrière-arrière grand-mère, votre patron(ne), votre meilleur(e) ami(e)... Bref ! Vous êtes le parfait salaud ( même au féminin...). Alors, il ne vous reste plus beaucoup de choix : vous vous rangez, et vous réintégrez le monde des gentils imbéciles qui acceptez de courber la nuque et le dos pour vous faire accepter dans votre monde pourtant familier, ou vous persistez dans votre voie de vous libérer de ce carcan et vous avez de fortes chances de culpabiliser à mort, et si ce n'est pas le cas, chaque fois que vous reverrez les gens avec qui vous partagiez cette relation fusionnelle auparavant, ils se chargeront de vous culpabiliser eux-mêmes. Soyez tranquille. Mais il sera peut-être trop tard. Vous aurez sans doute déjà expérimenté, goûté un autre type de relation, beaucoup plus agréable, beaucoup plus détendu, où vous avez vraiment le choix et où personne ne vous en tient rigueur, où vous retrouvez les gens avec un vrai sentiment de joie, et si vous jugez qu'ils ne vous apportent rien de positif pour le moment, où vous savez vous en protéger en vous éloignant quelques temps... sans culpabiliser pour autant ! Cela n'empêche en rien, bien au contraire, de nourrir une relation riche et longue, où chacun trouve son compte, car chacun reste soi-même, dans le respect de soi et de la personnalité et des choix de l'autre.

 

Il existe de nombreux moyens d'entretenir une relation fusionnelle. Souvent, nous apprenons par mimétisme, comme tout le reste. Et nous n'en avons ni conscience ni l'intention. C'est comme ça. C'est tout ce qu'on a appris, en matière de relation et de communication, alors on reproduit, tout bêtement ! La culpabilisation dont nous venons de parler, est le moyen des personnes qui sentent que vous souhaitez quitter ce type de relation avec elles et qui confondent leurs peurs. Elles craignent que vous souhaitiez quitter toute relation avec elles. Elles craignent de vous perdre... C'est une déclaration d'amour, en quelque sorte, dans l'intention ; mais cela revient souvent, dans les faits, à une déclaration de guerre. Tous les moyens sont bons : les pleurs ( quand on est à bout d'arguments, ça fait encore de l'effet), les bouderies bien sûr ! Dans les deux cas, on attend implicitement du vilain petit canard qu'il vienne nous consoler, et hop ! La chaîne de l'esclavage est de nouveau bouclée ! Les paroles et le langage non verbal ainsi que le ton de la voix destinés à vous charmer entrent aussi en jeu. Les pics, qui vous blessent et dont vous cherchez à vous défendre en vous justifiant. Chaque fois que vous cherchez à convaincre l'autre du bien-fondé de votre démarche, vous retombez purement et simplement dans la relation fusionnelle avec lui. Le chantage affectif est un des moyens les plus grossiers et les plus facilement démasqués. Cela ne signifie pas qu'il est voué à l'échec... Car alors, qu'est-ce que vous faites, et c'est souvent le seul moyen que l'adolescent(e) trouve à sa disposition : vous vous mettez en colère ! Vous vous opposez ouvertement, en frontal, par les mots, par toute l'expression dont votre corps est capable : le rouge aux joues, l'accélération du battement cardiaque, le souffle court, comme si vous étiez en train de faire un marathon ( un semi-... ?) en côte ! Sans parler de votre voix qui enfle à faire peur, et qui monte dans les aigus, quitte à vous ridiculiser... las ! Alors que vous vouliez à votre tour impressionner...Il ne vous reste plus qu'à rompre les armes dignement, en claquant la porte... Mais vous ne faites que fuir... Pas très digne, comme sortie, tout compte fait. Elle a cependant le mérite de couper court à une crise relationnelle qui blesse les deux parties, et de calmer le jeu. Après, il est possible de repartir à zéro, même s'il faut revenir sur le différend.

C'est pas la peine de vous donner tant de mal. Car, contrairement aux apparences, la crise de colère est elle aussi, un excellent moyen de vous faire rentrer dans le rang fusionnel... D'ailleurs, observez votre vis-à-vis... Il vous répond sur le même ton ? Il est ravi, vous êtes rentré dans le jeu, sans trop d'efforts de sa part... Il vous sourit, et vous fait encore plus monter sur vos grands chevaux ? Il est encore plus ravi... Il a réussi ! Et vous êtes dans la défaite... D'ailleurs, vous quittez les lieux encore exaspéré, et vous lui en voulez à mort, et plus vous avez la rancune facile, et plus vous lui restez attaché(e) !... Quelle merveilleuse réussite, pour celui qui veut vous garder dans la relation fusionnelle qui le rassure !...

 

Le seul moyen de vous en sortir, c'est de quitter le jeu. La personne regimbe, rue dans les brancards, vous exhorte à... Vous avez de nombreuses possibilités à inventer, mais il en existe de très intéressantes, proposées par des psychologues, des chercheurs en communication qui connaissent bien le sujet... En CNV ( communication non violente, mise au point par Marshall Rosenberg), vous pouvez apprendre à identifier le besoin réel de la personne en face, au-delà des mots et de son attitude... Si le besoin est de vous garder, de ne pas vous perdre, de ne pas perdre votre amour, il suffit de la rassurer sur ce point : Ne t'inquiète pas ! Ce n'est pas parce que je ne me conduis plus comme tu en as l'habitude que je vais te laisser tomber ou ne pas tenir compte de ton avis... Au contraire, j'éprouve toujours pour toi... Enfin ! A chacun de trouver ses mots. Plus vous êtes convaincu de la nécessité d'être vous-même, et de décider de mener votre propre barque à votre manière, plus vous êtes en mesure de rassurer la personne en face de vous, sans vous sentir menacé(e) vous-même.

 

A propos d'égoïsme et de générosité : ne pensez pas qu'un sacrifice de votre part peut améliorer vos relations. Au contraire. Vous vous sentirez aigri, vous aurez le sentiment de perdre votre temps, votre énergie, d'avoir fait le mauvais choix... Et ce sera vrai. Vous vous serez vidé de votre substance, juste pour faire plaisir. Et vous en voudrez à la personne à qui vous aurez fait ce cadeau empoisonné du sacrifice de vous-même.

 

Un dernier point : la personne qui cherche à fusionner avec l'autre n'est pas toujours celle que l'on croit. Avant de chercher la paille que l'autre a dans l'œil, faites en sorte de voir la poutre qui est dans le vôtre... Qui a dit cela, déjà ? Un certain Mathieu ?... Je ne sais plus. Bref ! Tous les professionnels qui vous en parleront vous diront que si vous persistez à attribuer à quelqu'un d'autre, ou à un événement extérieur à vous-même, la responsabilité de votre mal-être, vous êtes à côté de la réalité... Commencez par voir, accepter de voir, votre contribution au jeu malsain de la relation fusionnelle, votre part de responsabilité, et vous aurez déjà quitté à soixante-dix pour cent la partie... Sans joueur, la partie est annulée. Et vous donnez une chance à votre partenaire d'ouvrir les yeux, pour son plus grand bonheur. Une chance d'apprendre à votre contact dans un premier temps, un autre type de relation, respectueux, aimant, épanouissant.

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