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11 Feb

La Voix du Corps - 2

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Textes à méditer

 

2. L'instrument du bonheur

 

 

Il pense parfois que la vie est une vacherie. Coincé sur terre, alors qu'il n'a pas demandé à naître, encore moins à recevoir ce corps qui l'alourdit, l'enlaidit et qu'il ne reconnaît pas, chaque fois qu'il se regarde dans le miroir. Il s'est engueulé avec sa femme hier, pour la énième fois. De toute façon, tout se ligue contre lui, les tuiles lui tombent dessus les unes après les autres et s'accumulent. Son patron lui en veut, ses amis le laissent tomber, il n'en peut plus de cette vie, il se sent mal en point, malade, si ça continue, il va faire une attaque, tiens ! Manquerait plus que ça... A propos, s'il ouvrait le réfrigérateur ? Il y a peut-être un morceau de saucisson ou de fromage à son goût ? A moins qu'une bière... ou un petit verre de vin, ça ne fait de mal à personne, il paraît que c'est même bon pour la santé, et que ça fait viril, alors hein ? Lui qui l'est tellement, rien de plus facile à prouver en avalant une bonne lampée...et oublier jusqu'au prochain verre les malheurs de cette chienne de vie !

 

Elle n'est pas bien dans sa peau, pas bien dans sa vie. Elle ne sait pas si elle veut un enfant ou n'en veut surtout pas, pour lui faire vivre pareille angoisse, c'est même pas la peine ! Elle ne supporte plus son chef, encore moins son mari qui trouve un malin plaisir à faire devant elle tout ce qui l'agace au plus haut point, à dire ce qu'il ne faut surtout pas ou à s'obstiner dans le silence quand ce serait le moment de parler ! On jurerait qu'il le fait exprès pour la faire enrager... Avec ses amis, elle se force à se montrer dynamique, joviale même, mais son sourire lui fait mal aux joues et quand elle se retrouve seule, elle craint la solitude, elle sursaute au moindre bruit. Il lui arrive même de pleurer. De rage. Contre elle-même. Contre les autres. Contre tout. Elle peste contre les corvées quotidiennes et quand elle doit sortir, elle tergiverse mille fois avant de se décider à y aller ou à rester chez elle... Et quelle que soit sa décision, elle finit par la regretter. A bout de malaise, elle opte pour aller voir un psy. Quand elle a obtenu un rendez-vous, elle ne sait plus si elle a bien fait, elle se demande s'il est si bien qu'on le dit, elle s'en veut de s'être elle-même piégée. De toute façon, elle n'ira pas. Quand elle sort de son cabinet, elle trouve qu'il ne lui a rien apporté. Elle se promet de ne pas y retourner. Jusqu'à la prochaine fois... Jusqu'à ce qu'elle arrête vraiment, parce qu'elle en a assez de gaspiller son argent pour rien. Parce que ce qu'il lui montre d'elle ne lui plaît vraiment pas. Parce qu'elle n'a pas la force de faire encore des efforts... Pourquoi ça serait toujours à elle de faire les efforts, et pas aux autres ?

 

Nous sommes tous des experts en torture psychologique... envers nous-mêmes. Nous nous laissons mener par les événements, par les autres, par nos réflexes conditionnés, par nos manques de réflexion personnelle, par notre absence de choix, par notre paresse et ensuite, nous nous étonnons d'être assaillis de pensées contradictoires, négatives, agressives. Nous créons le terrain vague de nos propres angoisses. Nous favorisons la pousse de notre anxiété, l'entretien de nos stress. Nous vivons avec notre sentiment de culpabilité chronique... celui d'exister ! Auquel se greffent tous les autres, ce qui nous conduit d'une manière ou d'une autre à nous auto-détruire.

 

Certes, nous ne sommes pas responsables de la façon dont s'est déroulée notre petite enfance, notre enfance et notre adolescence, et nous avons appris là un certain nombre d'automatismes qui sont passés dans le domaine de l'inconscient parfois directement. Des automatismes pour répondre à toutes les sortes d'aléas : comment réagir quand on a froid, mais aussi, comment réagir quand on est agressé, par exemple. Ou comment prévenir les agressions en agressant soi-même le premier ou la première...même quand le risque réel d'agression était nul.

 

Il n'empêche que nos parents ne sont pas responsables de grand-chose. Ils ont eux-mêmes composé comme ils le pouvaient, à un moment de leur histoire, en fonction de leur propre passé. Rien ne sert de leur en vouloir encore aujourd'hui, à moins de vouloir entretenir avec eux un lien de rancune destructeur pour eux comme pour soi-même. Grandir, c'est prendre conscience qu'on est responsable de ses choix et même de ses non-choix, et chercher à les orienter dans un sens qui nous convienne vraiment, qui nous permette vraiment de se construire tel ou telle qu'on le souhaite, en toute conscience. Prendre conscience qu'on en est responsable, mais pas coupable... Inutile de s'en vouloir de retomber dans le piège d'un automatisme ancien. Il est normal qu'on ne quitte pas en une seule fois des années d'un fonctionnement ancré dans l'inconscient. Juste analyser ce qui a bien pu se passer, et se projeter dans un avenir où si le fait se reproduit, on tentera une autre réponse, sciemment choisie celle-là, et on en verra bien les conséquences. Si on ressent de la joie, c'est qu'on aura trouvé quelque chose d'important. Sinon, on pourra toujours essayer une nouvelle réponse la fois prochaine. Ne surtout pas en rester au stade de l'analyse – sans connotation psychanalytique – ou au stade de la prise de conscience, qui, s'ils sont primordiaux pour commencer à avoir une prise sur un automatisme inconscient, ne suffisent pas du tout à le quitter ! Agir reste un moteur essentiel pour progresser et proposer une manifestation physique et matérielle, dans la réalité, de notre prise de conscience subtile.

 

Il paraît parfois moins usant de laisser le cerveau nous envahir de sentiments négatifs, de petites phrases assassines envers les autres – qui sont toujours les vrais responsables, n'est-ce-pas ?..., ou envers soi-même : Moi, je suis une angoissée, de toute manière... Sous-entendu : c'est comme ça, et pas autrement, et tu n'y pourras rien. En effet, tu es la seule à y pouvoir quelque chose... Si tu le veux, toutefois !

Le cerveau fonctionne à plein régime en permanence, et il fait monter le stress parfois jusqu'à le faire ressembler à une drogue dont on deviendrait dépendant. Sans stress, ce n'est pas normal ! On se sent démuni, étranger à soi-même, inquiet... de ne pas être angoissé, anxieux ! Il doit y avoir quelque chose d'anormal ! Et c'est reparti... Il faut absolument retrouver, recréer cet état de stress qui nous tient lieu de nounou... Sans lequel on se sent abandonné(e)...Je lisais l'autre jour des pages passionnantes d'un cours sur l'alcoolisme. Je me sens personnellement plutôt atteinte par l'addiction à la nourriture. Mais le processus est le même, à mon sens. L'explication freudienne proposée par le cours ne m'a pas laissée indifférente, même si je ne suis pas spécialement attirée par ce théoricien, préférant Jung, par exemple, sur la symbolique des rêves... Il m'a semblé intéressant de m'offrir aujourd'hui un objet transitionnel qui me permette de quitter le stade oral où je demeurais coincée, qui me donne en permanence la sensation de faim, le besoin de me remplir physiquement, alors que je sais pertinemment que c'est un faux besoin, autodestructeur. Je me suis intéressée à un bijou dont la couleur et le métal pourraient jouer ce rôle. Un bijou porté en permanence, qui jouerait le rôle de protecteur de mon immunité, de mes vrais besoins psychologiques et physiologiques à la fois.

 

Nous avons tendance à confondre détente intérieure et ennui, manque d'ambiance, notamment chez les jeunes ! - ou à confondre détente intérieure et menace pour notre intégrité, au cas où l'autre s'aviserait de profiter de la situation pour violer notre intimité... Même l'autre aimé !... Nous confondons les vraies menaces, les vrais dangers avec nos propres amis, les membres de notre propre famille, notre partenaire amoureux, parfois... Et la vie familiale, de couple, amicale deviennent un vrai champ de bataille, féroce parfois... Les pays en guerre nous croient pacifiques et pensent que nous avons de la chance de vivre en paix... Est-ce vraiment le cas ? Certains d'entre nous n'imaginent même pas qu'un état de détente intérieure existe !... Et pourtant, il suffit d'en faire l'expérience une fois, pour ensuite, passer sa vie à le rechercher, même si on le perd de vue pendant un certain temps.

 

Je pense que l'éducation devrait avoir pour objectifs principaux d'apprendre à se protéger soi-même, savoir se mettre en sécurité, d'apprendre à trouver la détente, d'apprendre à trouver la joie de vivre, d'apprendre à choisir entre le bonheur et le malheur... Essentiellement, d'apprendre à se trouver soi-même.

 

Je pense qu'il est nuisible de ne pas s'occuper de soi... De toujours chercher à s'occuper des autres d'abord. Je pense qu'il est nécessaire de leur ficher la paix, aux autres, tant qu'on n'est pas sûr soi-même, d'être dans la détente et sur le bon chemin pour se trouver soi-même. Je pense qu'une personne qui vit dans le malaise ne peut apporter aux autres que ce malaise, même si elle a les meilleures intentions du monde. Je pense qu'une personne qui pense d'abord aux autres, se fuit elle-même et fait rejaillir sur les autres cette angoisse. Je pense que les autres profitent tout naturellement de notre rayonnement quand nous allons bien, que nous sommes détendus et heureux. Je pense aussi qu'il est inutile de cacher à nos proches nos errements, nos chagrins, nos faiblesses. Cela fait partie d'un tout, et les membres de notre famille que nous apprécions, nos amis sont capables de nous soutenir quand nous en avons besoin. Il n'y a aucune honte à cela. Et lorsque nous allons à notre tour bien mieux, c'est là que nous pouvons les soutenir lorsqu'eux en ont besoin. Pardon si je n'énonce que des lapalissades à vos yeux. Certaines choses vont mieux en les disant... écrivant, aussi.

 

Nous sommes parfois inexplicablement envahis d'un malaise que nous ne comprenons pas, dont nous ne trouvons pas l'origine, alors que tout allait plutôt bien jusque là. Regardez autour de vous. Vous êtes peut-être physiquement à côté d'une personne qui va mal, et qui rayonne... son mal-être. Nous ressentons tous cela dans un hall de gare, dans le métro... Les Amérindiens savent se protéger en utilisant la visualisation. L'imagination visuelle, si vous préférez. Ils imaginent qu'ils sont un tipi. La perche principale du tipi étant votre colonne vertébrale. La toile votre corps, bien sûr... Vous êtes relié à la terre, élément de stabilité et qui vous met en sécurité. Vous êtes également relié à l'air, élément spirituel qui vous nourrit et vous apporte de l'oxygène, au sens propre comme au sens figuré. Vous pouvez également placer votre tipi près d'une rivière ou d'un torrent pour bénéficier de la fraîcheur et de la pureté de l'élément eau, et en profiter pour faire évacuer dans le courant votre fatigue, votre stress, vos peurs... Allumez un petit feu au centre de votre tipi, auquel vous trouverez chaleur et réconfort, qui vous mettra en contact avec votre étincelle divine. Appuyez votre dos contre la perche de bois centrale, vous serez ainsi en contact avec l'élément bois qui vous relie à sa manière à la nature, et qui vous relie à votre centre profond. Enfin, suspendez des objets en métal agrémentés de pierres ou minéraux dont vous aimez les couleurs et vous serez vraiment chez vous. Quand vous aurez terminé, vous aurez peut-être raté votre station de métro. Pardon ! Il faut reprendre une rame dans la direction inverse. Mais maintenant, vous savez faire et ça vous prendra moins de temps. Vous aurez l'impression d'avoir effectué un voyage sympa, et pas du tout dans les tunnels noirs, malodorants et bondés du métro !...

 

Les Amérindiens apprécient aussi la visualisation du bouclier. Si, en entrant dans la rame de métro, pour rester dans cette éventualité, vous remarquez une agitation anormale qui risque de vous agresser, vous pouvez mettre entre cette agitation et vous un magnifique bouclier de votre taille, mais qui vous permette d'observer tranquillement et à l'abri ce qui se passe. Construisez votre bouclier avec l'élément qui vous satisfait le plus sur le moment, étoffez-le des minéraux colorés qui vous sont chers, et respirez tranquillement. Si l'agitation se calme, tant mieux. Si elle augmente, vous pouvez imaginer des couleurs par exemple qui s'échappent de la personne à l'origine de cette agressivité et qui touchent les autres personnes à l'entour. A vous de les renvoyer de votre poste d'observation à la personne qui les émet. Ce n'est pas une action négative, au contraire. Vous lui renvoyez les sentiments et émotions qu' elle doit apprendre à gérer elle-même, au lieu de se décharger de ses poubelles émotionnelles sur les autres qui n'y sont pour rien...

 

Lorsque nous avons l'impression que tout va mal dans notre vie, ou que quelque chose ne va pas, nous pouvons être attentifs aux avertissements que nous recevons, et qui nous préviennent de l'importance d'agir, de faire un choix, ou de changer de projet. Un premier obstacle nous déstabilise souvent, lorsqu'il se met en travers de nos projets, mais si nous passons outre, nous pouvons être confrontés à un problème de santé qui peut nous paraître mineur, ou à un incident... Si nous insistons, nous pouvons carrément nous retrouver face à une aggravation de symptômes physiques, ou à un cumul d'ennuis de santé, ou à des incidents de plus en plus durs, voire graves... Tant que nous ne comprenons pas que nous faisons fausse route, notre corps physique, ou ses extensions ( moyens de transport, lieux d'habitation par exemple) tirent des sonnettes d'alarme, autant qu'il en faut, jusqu'à ce que nous comprenions. Ceci explique peut-être le sentiment d'accumulation d'ennuis que nous ressentons parfois. Il est possible de décrypter ce langage symbolique de la même façon que celui des rêves... En tout cas, même sans le code, il est possible d'ajuster nos visées, nos objectifs, nos actes ou nos paroles – nos moyens d'expression personnelle, et de vérifier si la route semble toujours bouchée ou si, au contraire, tout s'ouvre devant nous miraculeusement, en apparence... Nous pouvons parfois choisir la fuite. Ainsi, il peut arriver que nous choisissions de quitter notre compagnon ou notre compagne en pensant que ce qui nous arrive est de sa faute – voire, entièrement de sa faute ? Et... que se passe-t-il ? Les mêmes déboires se répètent dans un autre couple...avec un autre partenaire pourtant ! Sans commentaire...

 

Pourquoi certaines voies seraient-elles obstruées, alors qu'on aimerait tant, parfois, qu'elles se réalisent ? Vous êtes-vous jamais rendu compte que, dans certains cas, vous n'aviez pas obtenu ce que vous désiriez, et que c'était une chance au bout du compte ? Soit, parce que vous avez obtenu mieux, largement mieux ! Soit parce que, avec du recul, vous comprenez que vous auriez fait un choix qui vous aurait défavorisé(e), ou rendu malheureux(se) après sa réalisation... Je crois que notre corps sait avant nous ce qui est bon pour nous, ce qui nous épanouit et nous rapproche de nous-même ou nous en éloigne... et qu'il prend la peine de nous en avertir. C'est un merveilleux moyen d'apprendre à se connaître, et à connaître ou apprivoiser la joie de vivre. Même lorsqu'il est vieillissant. Je suis persuadée que, s'il y a une partie divine en nous, c'est notre corps. Le Christ n'a-t-il pas choisi de s'incarner à notre image ?...

 

Je me rappelle d'un curé interviewé sur une station de radio il y a quelques années. J'étais tombée sur l'émission par hasard. IL parlait de la méditation. J'ai été favorablement surprise par son opinion. Il pensait que l'art de la méditation n'était pas réservé à une élite, à des initiés, que n'importe qui est capable de méditer, et le fait souvent, ne serait-ce, par exemple, que lorsqu'il admire une fleur... Je pense que lorsqu'on apprend à se relaxer, à se relâcher, et qu'on apprend à apprécier les choses dans le calme, on apprend le bonheur. La vraie joie de vivre, et l'envie de la partager, de la propager autour de soi.

 

Je reste persuadée que nous sommes notre propre instrument de bonheur ou de malheur. Il nous suffit de le décider. Et si nous refusons de faire ce choix, les événements s'en chargent pour nous...

 

 

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