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29 Mar

Les vraies missions de l'école ?

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Textes à méditer

REFLEXION SUR...

LES VRAIES MISSIONS DE L'ECOLE

 

 

Il est des évidences que nous connaissons tous, et pour lesquelles personne ne s'autorise à dire quoi que ce soit... Et pourtant !...

 

Elles sont de celles qui rendent l'école insupportable aux apprenants, même s'ils se montrent patients et obéissants au début. En fait, l'école transforme elle-même les élèves qu'elle passe dans son moule en rebelles féroces ! Quant aux autres, ceux qui se plient jusqu'au bout à ses caprices incompréhensibles à leurs yeux, ils deviennent tellement malléables qu'ils ont perdu toute connaissance d'eux-mêmes, qu'ils ne savent plus ce qui les rend forts et confiants, qu'ils trempent dans un bain de peurs insurmontables, ce qui ne leur donne pas vraiment les armes pour affronter le monde du travail et la vie, qu'ils se préoccupent jusqu'à l'angoisse de soucis mineurs ( comme la présentation sur leur page de cahier ou de classeur) sans savoir eux-mêmes prendre des décisions ou des initiatives intelligentes, sans savoir prendre la parole à bon escient, sans oser la prendre ou en la prenant de force, ce qui contribue à détourner l'ensemble d'une classe de l'apprentissage en cours...


Ayant travaillé comme enseignante, de la classe des deux ans en maternelle jusqu'aux terminales de lycée professionnel, en passant par toutes les classes de l'école primaire et celles du collège, je suis bien placée pour savoir que nos élèves entrent à l'école pleins de curiosité pour tout, avec une soif et un plaisir d'apprendre insatiables. L'école maternelle réussit ce tour de force de les satisfaire en partie, voire d'amplifier ces aspirations, tout en respectant leurs besoins physiologiques de bouger : les ateliers leur permettent de travailler debout s'ils le souhaitent, assis lorsque la tâche est minutieuse ( comme le découpage...), et de changer de tâche au bout d'un moment, pour éviter la lassitude. Par ailleurs, toute la classe travaille dans un but commun ( un projet) et les enfants savent pourquoi ils font chacune des tâches qui sont distribuées dans les ateliers.


Dès l'entrée en CP, tout s'écroule. Les élèves sont contraints de rester assis six heures par jour, ne peuvent plus échanger librement au cours de leurs tâches, à cause de la sacro-sainte culture de l'écrit qui devient prioritaire jusqu'à la fin de leurs études ! J'ai même constaté une réalité incroyable en université, alors que j'étais élève par correspondance en première année d'allemand dans une université réputée, il y a quelques quatre ans en arrière, que je n'avais aucun oral à passer pour obtenir ma première année, et qu'en deuxième année, seul un oral était obligatoire ! Toutes les autres épreuves étaient écrites !!! Pour une langue vivante, cela paraît tout simplement aberrant...

 

On en arrive aujourd'hui à une situation absurde, où les élèves en ont tellement assez de ne pouvoir bouger, échanger librement et d'être contraints d'écouter un adulte toute la journée, qu'ils ne l'écoutent pratiquement plus du tout ! Les professeurs se plaignent que tout ce qu'ils disent entre par une oreille et ressorte aussitôt par l'autre, si tant est que cela entre...

 

Quelles sont ces évidences que tout le monde connaît et que personne ne dénonce ? Prenez par exemple le programme d'histoire... Sans entrer dans les détails, les élèves apprennent exactement les mêmes faits, travaillent sur les mêmes périodes, de l'école primaire à la terminale du lycée ! Personnellement, j'ai étudié en détails quatre ans de suite la Révolution Française !!! La première année, je me suis dit : Tiens, je ne connais rien à cette période, je suis contente d'en apprendre quelque chose ! La dernière, vous devinez ce que j'ai pu en penser...

 

Un professeur de français avait demandé à des élèves d'une de ses classes d'apprendre le texte de la chanson de Jean Ferrat, Ma France, à la suite du décès récent du chanteur-poète. Je leur fais écouter la chanson qu'ils n'avaient jamais entendue. Un beau moment... Je leur demande : avez-vous compris à quoi l'auteur fait allusion quand il parle de la France de 36 à 68 ? Aucun d'eux, en classe de 5ème il est vrai, n'avait jamais entendu parler du Front populaire de 36 et encore moins des émeutes de mai 68 ! Cela ne fait-il pas partie de notre patrimoine culturel ? Les classes de troisième passent une grande partie de l'année sur les deux guerres du début du XXème siècle, c'est important de ne pas reproduire ces horreurs, certes. Cela justifie-t-il le fait qu'on n'ait plus le temps de leur parler de leur histoire contemporaine ? Ce n'est pas parce que je défends ce point de vue que je partage les idées politiques de Jean Ferrat !... J'estime qu'il est des savoirs qui dépassent tout de même les querelles de myopes !...

 

Autre évidence qui dégoûte les élèves du travail et de l'envie d'apprendre ? Les évaluations. Ils sont tout le temps en évaluation. C'est un joli mot pour ne plus dire qu'on les note, mais on les note quand même ! Ils n'ont pas le temps d'apprendre, de se poser des questions, d'approfondir un sujet qui pourrait les passionner... Mais le temps consacré aux évaluations est sacro-saint ! C'est le maître-mot de l'enseignement d'aujourd'hui... Tout le monde est en constante évaluation, comme dans les cuisines collectives, vous savez, il faut tout le temps insérer une sonde au sein des aliments pour vérifier leur température à cœur, cela s'appelle l'auto-contrôle... C'est un peu pareil dans l'enseignement. Et pendant qu'on évalue, on ne donne pas le temps au temps... Il reste à peine assez de temps pour apprendre, pour cultiver sa soif de culture, pour oser poser de vraies questions et recevoir de vraies réponses, ou les chercher...

 

Lorsque l'école sera capable de permettre aux élèves de faire de nombreux essais, avec autant d'erreurs, sans en être pour autant sévèrement sanctionnés, de manière à comprendre peu à peu où sont leurs forces, de manière à les construire... Lorsque l'école sera capable de permettre aux élèves d'éprouver du goût pour leur travail, et de cultiver ce goût durablement, parce que leur travail aura un sens pour eux... Lorsque l'école sera capable de permettre aux élèves d'éveiller leur curiosité... Elle aura, à mon humble avis, réussi son évaluation.

 

29/03/10

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valentin 31/03/2010 17:05


J'irais personnellement plus loin en affirmant que le mode d'apprentissage tel qu'on le connait aujourd'hui ôte toute envie aux élevés d'approfondir leur connaissances : sans doute car le lien
entre apprentissage et cours magistral se fait automatiquement.

Cela dit, le fait que les élevés soient submergés d'informations nouvelles peut être une voie certaine d'apprentissage : soit, il faut motiver l'élève, celui ci doit comprendre ce que cela lui
apporte, être interessé pour que l'information soit comprise, mais j'ai comme 2 exemples : celui d'abibac d'abord, ou l'on est submergé d'informations constamment, ce qui n'empêche pas les élevés
de progresser ... un autre exemple, un peu moins glorieux : lorsque j'étais en 3eme, un autre élevé de ma classe, bien que très en retard, appris tout de même les équations, alors que jusque la, il
ne s'y était pas du tout interessé ... C'est certes un procédé brutal, mais ça marche ...

Je confirme quant au programme d'histoire, cette polémique étant actuellement très discutée au sein de la classe, mais j'insiste sur le fait que à partir de cette année, je n'avais jamais
réellement pris conscience de l'horreur de la guerre. La répétition est peut-être due au fait que le niveau de conscience n'est simplement pas assez développé chez les élevès plus jeunes pour se
rendre compte que la guerre n'est pas seulement une période comme une autre dans l'histoire... Cependant, j'admet, il serait sans doute plus judicieux d'insister sur le dernier siècle que sur celui
du Roi Soleil, bien que celui ci fasse autant partie du patrimoine.

Le fait par ailleurs que les professeurs se demandent pourquoi les élèves ne retiennent jamais leur cours témoigne parfaitement de l'inutilité du système : Montaigne déjà privilégiait l'échange
entre générations, entre instructeur et élève : Ce qui ne se fait justement pas actuellement. Si les professeurs demandaient a leur élèves leur avis sur ce qu'il leur enseigne, peut-être aurait-il
en réponse des critiques construites, qui l'aideraient surement a interesser ses élèves. D'ailleurs juste par ce fait, par ce questionnement, les élèves se rendraient compte que le professeur n'est
pas uniquement une personne présente pour les juger, mais un homme autant qu'eux.


Françoise Heyoan 31/03/2010 19:42



Superbe, ton commentaire... Merci !



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