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07 Jun

Lumières du Soir - Théâtre - Acte III

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Théâtre

 

 

 

 

ACTE III

 

Scène 1 – Tous les occupants des appartements

partent en même temps,

le couple de la rue reste

dissimulé dans un angle de la place.

 

Chacun ferme sa porte à clé, puis descend l'escalier avec des précautions de sioux pour ne pas croiser un voisin. Sur le seuil de l'immeuble, chacun – personnes seules ou par groupes familiaux - regarde à droite puis à gauche avant de sortir très vite et de s'éloigner plus vite encore. Personne n'a échangé de baiser ou de regard. L'heure est à la suspicion.

 

Le couple auteur des méfaits de la veille se réjouit.

 

Scène 2 – Tous les habitants rentrent fébrilement le soir, chacun portant un cabas visiblement assez lourd.

Ils ont l'air préoccupé.

L'immeuble est particulièrement silencieux ce soir-là.

Le couple de la rue est revenu à son poste.

 

Scène 3 – Tous les habitants de l'immeuble

sortent sur la place en même temps, joyeusement.

Beaucoup d'allées et venues, d'animation,

les uns et les autres s'apostrophent

gaiement et amicalement,

les enfants courent un peu dans tous les sens,

certains groupes discutent mais tous s'affairent.

 

Sous les yeux du couple de la rue, ébahi,

ils installent des tables, les recouvrent de nappe,

de vaisselle en carton, puis posent des bouteilles,

des plats, accrochent des lampions,

suspendent des ballons de baudruche, bref,

s'apprêtent à faire la fête.

On entend les premiers essais

de musique d'ambiance sur une sono.

 

Scène 4 – Tout le monde en est au dessert.

Tous les convives ont l'air satisfaits, heureux, même...

Le couple de la rue va partir, furieux,

lorsqu'un événement insolite retient son attention.

Quelqu'un a percuté une bouteille à l'aide d'un couteau

pour demander l'attention générale.

 

Le retraité, se levant pour s'adresser à tous :Il y avait longtemps que je n'avais pas passé un aussi bon moment ! Je ne pense pas me tromper en disant que vous pensez tous comme moi ?...

 

Le chœur des habitants: NOOOONNN !!!... OUAIAIAIS !!!...

 

Le retraité, reprenant après le rire général :J'ai bien envie de donner la parole à Philibert, notre jeune homme célibataire, sans qui nous n'aurions jamais eu l'idée de faire cette fête entre voisins...

 

Le chœur des habitants plébiscite l'intervention du jeune homme.

 

Le jeune homme célibataire, se levant à son tour :J'en ai peut-être eu l'idée, mais si c'est une réussite, ce soir, c'est bien grâce à tout le monde...

Le chœur des habitants applaudit et rit de plaisir.

 

Le jeune homme célibataire, après le retour au calme :Je ne sais pas vous, mais je passerais bien à la suite...

 

Le chœur des habitants :

  • Quelle suite ?

  • Tu veux dire les desserts ? Ils sont délicieux, mais ça y est, on les a déjà mangés...

  • Y en a pas d'autres ?

 

Tout le monde s'amuse et se met à discuter dans tous les coins. Le retraité, au bout d'un moment, fait de nouveau retentir le son de la bouteille qu'il percute de son couteau de poche.

 

Le jeune homme célibataire, reprend :Je vous propose de passer enfin aux choses sérieuses !

 

Il fait signe à Momo, désigné d'office à la sono. Une musique festive s'élève en sourdine. Chacun semble chercher quelque chose, les uns fouillent sous la nappe, d'autres se lèvent pour soulever des cagettes, des cartons, des vêtements négligemment jetés sur des paniers...Tous reviennent avec un objet qu'ils dissimulent de leur mieux.

 

Une voix : Qui commence ?

 

La petite sœur de Momo se lève, portant un énorme bouquet de Calendula officinalis. Elle se dirige en courant vers Elyona, l'embrasse, lui offre les jolies fleurs orangé et lui dit :

 

  • Tiens, c'est pour toi !

 

Tout le monde rit.

 

Le jeune homme célibataire lui souffle : Dis-lui pourquoi...

La petite fait une mimique montrant qu'elle s'en veut d'avoir oublié, puis elle se lance : Chaque fleur représente un habitant de l'immeuble, c'est pour te montrer qu'on t'aime bien et te demander d'oublier la couche-culotte...

 

Sa voisine lui donne une bourrade amusée pour la faire taire... Elle rectifie : Enfin ! Pour te faire oublier, quoi !...

 

Elyona rit et la prend dans ses bras, puis s'adresse à l'assemblée, d'une voix plus émue qu'elle ne l'aurait voulu: Merci à tous ! Ne vous inquiétez pas... J'ai déjà oublié ! Elle se penche sous la table et ajoute : Moi aussi, j'ai quelque chose à offrir...

 

Elle saisit un bouquet de bleuets et se dirige vers le couple de retraités :Je ne sais pas qui souhaitait vous faire du tort...Ou vous inciter à vous séparer de vos animaux... En tout cas, ces bleuets que nous avons tous choisi de vous offrir vous disent le contraire. Continuez à être heureux parmi nous et à aimer vos animaux.

 

Monsieur et madame Retraités sont bien près des larmes eux aussi. Ils sourient cependant et les bises claquent comme des voiles prêtes à prendre la mer.

 

Madame Retraitée, saisissant un paquet assez grand et plat posé contre le tréteau, se dirige vers la femme écrivain : Nous avons appris que l'un de vos livres a été saccagé. Ce n'est qu'un exemplaire, votre oeuvre n'a pas été endommagée. Mais vous savez combien l'art est important pour mon mari et moi. Aussi, je me suis permis de vous offrir un de mes tableaux...

 

La femme auteure, déballant le tableau:Ça me touche beaucoup ! Elle découvre le motif du tableau et demande :Vous saviez que le rouge est notre couleur ?

 

Madame Retraitée: Pas vraiment. Mais l'inspiration fait bien les choses...

 

La femme auteure montre le tableau à l'assemblée puis le passe à son mari, qui le passe à ses enfants, puis le tableau passe de main en main. Elle ajoute : Je propose que le coquelicot devienne le symbole de notre amitié, à la fois libre de pousser où ça lui chante, et intense.

 

Les murmures d'approbation accompagnent ses paroles. Elle reprend: A mon tour ! Elle prend un tout petit paquet près de son assiette, et le remet à sa fille.Celle-ci s'approche timidement de la sœur de Momo.Tiens ! C'est pour vous. J'te préviens : ça fait pas de musique !

 

La sœur de Momo ouvre le petit paquet, et en sort un saxophone miniature bleu. Il est monté sur une chaînette. La fille de l'écrivain l'aide à passer le collier autour du cou de la fillette noire. La petite le regarde avec surprise, le touche, le montre à tous les membres de sa famille.

 

Momo s'est approché: Hé mais, je la reconnais, cette pierre ! C'est bien une pierre, ça ?

 

La femme écrivain approuve: Tu connais son nom ?

 

Momo: Ouais ! En sixième, on en parlait quand on étudiait les Égyptiens... C'est pas du ... La pierre, là ! Celle qu'ils allaient chercher dans des grottes qui sont aujourd'hui en Afghanistan...

 

La femme écrivain: Tu en sais, des choses ! Tu as raison, c'est du lapis-lazuli.

 

Momo siffle d'admiration: Chouette pierre ! Les deux familles s'embrassent alors qu'une bourrasque de vent soulève les nappes et les jupes.

 

Philibert, le jeune homme célibataire, à Momo, en a-parté : Dis donc, ça te donnerait pas une idée, ça ?

 

Momo: Çà, quoi ?

Il lui désigne le saxo pendu à la chaîne. Momo fait des yeux ronds et signe que non.

 

Philibert: T'aurais pas envie de te mettre à la musique ?

 

Momo ouvre de grands yeux émerveillés, pleins de rêve...

 

Les autres membres de la famille noire se regardent. La mère prend la parole : Hé bé, nous, on a déjà offert notre cadeau à Mademoiselle Elyona, alors il faut passer à quelqu'un d'autre !

 

L'assemblée rit et la blanchisseuse se lève : Je veux bien ! Elle regarde le couple avec le bébé qui s'est endormi au sein de sa mère. Elle leur apporte un petit paquet que le jeune père entreprend d'ouvrir. Il révèle un petit buste de femme de couleur jaune. Tout le monde s'esclaffe tandis que la blanchisseuse précise :On croit savoir que bébé ne mourra pas de faim et on s'est dit que, s'il pleurait, sa maman pourrait toujours lui donner ce sein-là pour prendre la relève...

 

Le jeune père: C'est aussi une pierre, mais je ne la connais pas...

 

La blanchisseuse, à Momo: Tu ne la connaîtrais pas, par hasard, celle-là ? Momo fait signe que non comiquement. Elle répond: c'est de la citrine. Pour qu'elle brille toujours comme un soleil...

 

Malgré la nuit tombante, le soleil semblait briller de ses mille éclats pendant la bise devenue traditionnelle, semble-t-il.

 

Le jeune père : Hé bien ! Je crois que mon tour est venu... Nous aussi, nous avons un minéral à offrir...

 

Il se tourne vers le couple d'amoureux qui n'a cessé de se bécoter pendant la soirée et leur tend son cadeau. La jeune femme l'ouvre.

 

La jeune femme amoureuse :Regarde, chéri ! C'est une améthyste ! T'as vu, elle ressemble à une étoile...

Le jeune homme ne put résister à l'envie d'embrasser d'abord sa compagne, avant de gratifier d'une franche poignée de mains le jeune père. Après l'embrassade, la jeune mère confia son nourrisson à la jeune femme amoureuse qui s'approcha de son mari, pétrifiée... L'histoire ne dit pas si elle fut pétrifiée en améthyste, mais les étoiles dans ses yeux brillaient d'une belle lumière violette.

 

Le jeune homme amoureux eut trop de mal à se détourner de son futur tableau de famille. Ce fut Philibert qui acheva pour lui la ronde des cadeaux. Il se tourna vers la blanchisseuse et sa famille.

 

Philibert : Ce n'est sans doute pas très original. C'est encore une pierre, mais pour celle-ci, il n'est pas très difficile de deviner la couleur...

 

La blanchisseuse : Blanche ?

 

Tout le monde éclate de rire.

 

Philibert: On ne peut rien vous cacher...

 

La fille de la blanchisseuse saisit le cadeau, sa mère étant trop occupée à sécher ses larmes. Elle montra un pendentif de cristal de roche, taillé en pointe vers le bas. Elle appréciait la poids du pendentif, à la fois léger et cependant bien présent, de même que sa couleur transparente qui laissait malgré tout apparaître le blanc. La blanchisseuse ne put embrasser personne, tant elle avait les joues mouillées. Heureusement, elle ne s'était pas maquillée, et aucun khôl ne dégoulinait sur ses joues blanches par nature. L'histoire ne dit pas si les autres avaient prévu cette grosse émotion de la blanchisseuse et avaient donc décidé de lui offrir son cadeau en dernier...

 

Tout à coup, la jeune femme amoureuse sembla revenir sur terre, et s'adressa à Philibert : C'est toi qui nous as donné l'envie de développer une réelle amitié entre nous tous. Il est juste que tu reçoives aussi ton petit cadeau...

 

Philibert rougit. Il ne s'y attendait qu'à moitié. Ils le connaissaient si peu. La jeune femme amoureuse reprit : Nous aussi, nous avons choisi une pierre pour toi. Elle est noire et brillante, parce qu'elle brille dans la nuit, sans trop se montrer, comme toi, mais elle indique la lumière quand nous sommes tous perdus dans l'obscurité...

 

Momo, murmurant: Une obsidienne...

 

Philibert lui lança un clin d'oeil: C'est toi qui l'as choisie ?

 

Momo fit signe que oui. Il lui avait confié qu'il avait adoré cette pierre, lorsqu'il l'avait découverte lors d'un voyage en Périgord, sur les traces des hommes de Cromagnon qui avaient su la repérer au fond de la rivière, malgré son aspect de gros caillou peu engageant...

 

Philibert les remercia tous puis : Ne croyez pas que je n'aie pas de cadeau pour vous... En fait, j'en ai un petit pour tout le monde. Il s'éloigna pour attraper un certain nombre de paquets, tous de la même taille. Seul, le papier cadeau changeait de couleur, chaque famille reconnaissant la sienne. Ils ouvrirent les boîtes et sortirent tous de petites bougies colorées à leur emblème. La soirée se termina en allumant les bougies. Les enfants proposèrent d'aller les poser toutes en bordure des fenêtres de tous les appartements donnant sur la place. L'idée fut approuvée par tout le monde. La façade de l'immeuble s'illumina alors de mille lumières changeantes, chaque fenêtre retrouvant sa couleur de prédilection. Le bal commença...

 

 

Scène 5 – Le bal des habitants de l'immeuble.

 

Le couple de la rue.

 

La femme : Toi, et tes idées lumineuses !...

 

L'homme : Ils savent même pas qu'on existe...

La femme : Alors, qu'est-ce qu'on fait ?

 

L'homme :Rien ! On laisse tomber...

 

 

 

Scène 5 – la façade de l'immeuble

 

Tard dans la nuit, l'immeuble sembla se transformer en voilier. Le vent poussa l'embarcation, les étoiles brillaient de toutes les couleurs, haut dans le ciel noir, la lune ressemblait à une citrine riche d'une vie secrète, la coque blanche resplendissait sous sa lueur. Les voiles déployées affichaient un coquelicot, un bleuet et un souci géants. La cabine était une géode d'améthyste, la barre était taillée en lapis-lazuli et le nom du bateau était gravé dans l'obsidienne : FIN.

 

 

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