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09 Mar

Nouvelle policière à deux voix...

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Jeux d'écriture

 

 

NOUVELLE POLICIERE A DEUX VOIX

( ce qui ne constitue pas le titre de l'histoire...

que nous n'avons pas pris le temps de chercher.)

 

 

La veille, Charlie avait donné rendez-vous à Mathieu dans le petit bois derrière la maison. Il voulait lui confier un secret. Charlie était arrivé en avance car il était pressé de raconter son histoire. La demie de vingt heure sonna au clocher de l'église. Blotti derrière le grand chêne, Charlie attendait impatiemment.

 

 

Dans la famille Merlin, on ne plaisantait ni avec l'heure des repas ni avec l'heure du coucher, et chacun des six enfants, quel que soit leur âge, se le tenait pour dit. Une fois, la plus petite était arrivée toute échevelée et barbouillée de boue pour avoir joué dehors jusqu'à la tombée de la nuit. Aucun de ses frères n'avait cru bon de s'en occuper. Aucun d'eux ne put dîner. Au lit sans manger ! La petite eut droit à son repas, mais elle dut attendre que la mère lui donne son bain. Le père, empli d'une colère froide impressionnante, avait pris son repas seul et interdit à sa femme de manger, puisqu'elle n'avait pas été fichue de faire surveiller la petite par les garçons !

Pour l'heure, les nuages noirs s'amoncelaient au-dessus du front du père. Aucun des enfants n'osait se regarder. Le dîner aurait dû commencer depuis cinq minutes déjà. Or, Charlie manquait à l'appel...

 

 

Après avoir passé une heure à attendre dans le bois, Mathieu décida de se rendre chez Charlie. Il voulait des explications. Pourquoi celui-ci n'était-il pas venu ? Il frappa à la porte de façon énergique. Ce ne fut pas Charlie qui ouvrit mais le père au visage furieux qui tenait à peine debout, la jambe bandée.

  • Bonjour, Monsieur Merlin, je voudrais parler à Charlie, lança Mathieu timidement.

  • A Charlie ! A Charlie ! hurla l'homme. Charlie n'est pas rentré et il va m'entendre !

Il s'éloigna en boitillant et Mathieu resta sur le seuil, ébahi.

 

 

Charlie tremblait de terreur. Il ne voyait rien. Il crevait de froid, surtout à l'intérieur. Une odeur indéfinissable de terre pourrie lui donnait une nausée qu'il craignait de ne pouvoir maîtriser. Pour couronner le tout, depuis cinq minutes, il souffrait d'une envie de se soulager qui le torturait.

Qui lui avait joué ce mauvais tour ? Si c'était une plaisanterie, ce qu'il avait d'abord espéré, il estimait qu'elle avait assez duré ! Il aurait aimé appeler, mais il se rendait compte, au silence absolu qui l'entourait, que cela n'aurait servi à rien.

Une pensée mortelle lui traversa l'esprit. Et si personne ne le retrouvait jamais ?

 

 

  • Si on allait à la rivière, cet après-midi ? proposa Julien Clochemerle.

  • A la rivière, avec ta béquille ? S'étonna Mathieu, son jeune frère.

Julien haussa les épaules, de mauvaise humeur.

  • De toute manière, ajouta Mathieu, j'ai un autre truc de prévu...

  • Ha bon ? Quoi donc ?

  • Je peux pas le dire ! C'est un secret...

  • T'as des secrets pour ton frère ? Si tu me le dis pas, je te cogne dessus avec ma béquille...

Ils éclatèrent de rire et se battirent «  pour de faux »... Leurs autres frères et soeurs se rapprochèrent, intéressés, et se mirent à applaudir à tout rompre et à compter les points en hurlant.

 

 

Charlie se mit alors à explorer les lieux et découvrit bientôt que cet endroit était habité. Mais qui pouvait bien habiter un endroit pareil ? Une paillasse par terre en guise de lit, une assiette posée sur une grosse pierre... Charlie se frotta les yeux. Non, il ne rêvait pas.

Tout à coup, un bruit retentit une silhouette apparut, qui se dirigeait vers lui en claudiquant.

 

 

Viens ! On va passer par chez le vieux Léon ! Tu sais bien ! C'est un raccourci...

Le jeune Ludovic Merle essayait de convaincre Pierre, son aîné. Ils avaient joué tout l'après-midi à la rivière, et il se sentait vidé. L'idée de faire le grand tour par la route pour rentrer à la maison le décourageait d'avance...

  • Tu sais bien que nos parents nous interdisent de passer par là ! Le vieux Léon est bizarre... Et puis, il me fait peur, avec sa patte folle...

Il frissonna. Son frère en fit autant, peut-être plus parce qu'il était encore mouillé par la baignade alors que le crépuscule tombait, que par appréhension.

  • C'est vrai, approuva-t-il cependant d'une petite voix. On raconte de drôles d'histoires sur lui...

  • T'es toujours décidé à passer devant chez lui ?

Ludovic secoua énergiquement la tête et s'élança sur le chemin. Pierre eut du mal à le suivre. Tout en courant, il sourit en pensant que la fatigue de son frère s'était vite envolée.

 

 

  • Tu es allé nourrir les pigeons avec ton père, Pierre ? demanda Mélissa Clochemerle à son aîné.

  • Oui, j'ai emmené Ludo avec moi !

  • Ah ? Ça t'a plu, mon tout petit ?

Ludovic fait une moue que sa mère comprend aussitôt.

  • Excuse-moi, c'est vrai que tu grandis ! Alors, ça t'a plu ?

Empêchant son frère de répondre, Pierre lança :

  • Il a eu une super bonne idée, maman ! Tu sais, pour Charlie qui a disparu...

  • Oui ! Les pauvres Merlin... Je ne sais pas comment les aider. Même les policiers qui ratissent le coin depuis deux jours n'ont toujours rien ...

  • Moi, je sais ! coupa Ludovic innocemment.

  • C'est vrai, mon chéri ? Qu'il est mignon !

  • Maman, arrête ! C'est vrai qu'il sait, écoute-le au moins ! tança Pierre.

  • On n'a qu'à envoyer un pigeon chercher Charlie...suggéra Ludovic.

 

 

Charlie avait peut-être somnolé. Il mourait de faim, de soif, de froid, de peur... Mais il se sentait un peu moins épuisé. Il avait espéré qu'il ne vivait qu'un affreux cauchemar. L'odeur nauséabonde le rappela à la réalité.

L'autre jour - ou était-ce une nuit ? - le boiteux, comme il l'appelait maintenant, était passé le voir, mais ne s'en était pas approché. Il ne lui avait pas dit un mot. Il s'était contenté de repartir comme il était venu. Son pas avait sonné clair chaque fois qu'il était passé près du trou qui dispensait un semblant de lueur dans son caveau. Il n'était jamais revenu.

Depuis combien de temps ? Une éternité ?

Peut-être Charlie était-il mort ? Peut-être était-ce cela, la mort ? Être oublié de tous à jamais dans un trou humide et noir, et souffrir ?

Une colombe roucoula près de l'orifice qui laissait passer le peu de lumière, aussitôt absorbé par l'obscurité des lieux.

Une colombe ? Mathieu lu avait peut-être envoyé un pigeon ? Il fouilla instinctivement dans ses poches. Un vieux bout de papier, un morceau de charbon, ça ferait l'affaire...

Il cligna des yeux en espérant de toutes ses forces ne pas avoir fait l'objet d'une hallucination. Il était bien là ! Le pigeon...

  • Petit ! Petit !...

Sa voix ne franchissait même plus ses lèvres. Il se contenta de siffler doucement. Le pigeon s'approcha de l'interstice. Il se mit à chuchoter pour l'apaiser, attrapa une patte, y enroula maladroitement son appel au secours :

C'est moi ! Dans un trou ! C'est un boiteux

Il avait arraché deux bouts de jonc pour ligaturer le papier autour de la patte. Le pigeon, habitué à être manipulé, n'avait pas bronché.

Le coeur battant, il avait juste entendu un froissement d'ailes qui lui avait assuré qu'il était bien parti. Son message arriverait-il ?

 

 

Le pigeon envoyé un peu plus tôt se posa sur le rebord de la fenêtre. Toute la famille remarqua le petit papier coincé dans la bague de sa patte gauche.

Le père déroula le papier et lut à haute voix :

C'est moi ! Dans un trou ! C'est un boiteux

Tous les regards se tournèrent vers le chef de famille :

  • C'est toi ?!!! dit la mère.

  • Bien sûr que non ! hurla celui-ci. Je ne suis pas le seul à boiter au village ! Léon aussi, par exemple !...

  • Je connais une grotte pas loin d'ici, lança Julien. C'est peut-être le trou ?

  • Allons voir !...

 

Les policiers étaient là, avec leurs chiens. Quand Julien indiqua l'endroit où il pensait que se trouvait la grotte, tous les enfants : les six Clochemerle et les cinq autres Merlin, ainsi que les quatre parents se mirent à hurler le nom de Charlie. Un chien se mit à gratter une sorte de cavité dans le sol, dissimulée par des feuilles sèches. Les autres malinois se joignirent à lui et agrandirent le trou. Charlie gisait au fond, sans connaissance. On s'occupa aussitôt de lui porter secours.

 

Tout le monde félicita Julien pour avoir aidé à localiser l'enfant disparu. Une petite voix retentit :

  • Ben, et moi ?

C'était Ludovic qui revendiquait la bonne idée de lui avoir envoyé un pigeon. Tout le monde sourit et on le prit dans les bras pour le remercier de sa belle initiative.

Soudain mis à l'écart, Julien se rembrunit un peu. Dans l'espoir de revenir un peu sur le devant de la scène, il s'adressa aux policiers :

  • J'espère que vous allez arrêter le vieux Léon ! Charlie le désigne dans son mot !

  • Ah ! Ça, ça me paraît bien impossible, jeune homme... rétorqua l'inspecteur divisionnaire.

    Un silence se fit, et ceux qui n'avaient pas accompagné Charlie à l'hôpital firent cercle autour de l'homme :

- Ah bon ? Comment ça ? demanda Julien, aussi interloqué que les autres.

  •  
    • Ils étaient tous convaincus que seul, Léon le boiteux pouvait avoir fait le coup. De toute façon, ça ne pouvait pas être le père de Charlie, même s'il avait mauvais caractère et qu'il boitait, il aimait son fils, tout de même !

    • Ça ne peut pas être le vieux Léon. On l'a découvert mort dans sa cahute hier. Le légiste affirme qu'il est mort depuis au moins une semaine. Or, ça fait trois jours que Charlie a disparu...

 

 

 

Julien, se sentant pris au piège, tenta de s'enfuir en boitillant sur sa béquille. Il trébucha presque aussitôt et s'effondra, en pleurs... Les policiers l'entourèrent. Ses parents et ses frères et soeurs étaient atterrés.

  • Comment t'as pu faire ça, Julien ? lui demanda son père d'une voix blanche...

  • C'est pour ça qu'il connaissait si bien la grotte, c'est lui qui l'avait amené ! glapit Ludovic, son plus jeune frère...

  • Monsieur, je vous demanderais de bien vouloir nous suivre au commissariat avec votre fils. Il a quelques explications à nous donner...

 

Julien avait décidé de mettre fin à ses cachotteries une fois pour toutes. En fin d'après-midi, il s'était rendu chez Charlie et lui avait demandé s'il devait voir son frère. Naïvement, Charlie lui avait répondu que oui, qu'ils devaient se retrouver à 9 heures du soir dans le petit bois. Fier de lui, Julien prit congé et, jaloux de cette amitié qui l'excluait, se mit à échafauder un plan. Il décida d'aller au rendez-vous une demi-heure à l'avance et de se cacher derrière le grand chêne. Charlie arriva. Julien sortit de sa cachette, assena un grand coup de béquille sur la tête du pauvre garçon qui tomba à terre, évanoui. Julien le traîna alors jusqu'à la petite grotte non loin de là, dissimula l'entrée avec des feuilles sèches et s'enfuit. Il ne retourna voir sa victime qu'une fois, de peur d'éveiller ses soupçons, à cause du bruit que faisait sa béquille chaque fois qu'il passait sur cette maudite pierre dont il oubliait tout le temps l'existence...

 

 

Mathieu se glissa timidement entre l'infirmière et l'aide-soignante. Charlie avait l'air de dormir sur son lit d'hôpital. Le jeune visiteur réprima un soupir. Au moins, son ami avait retrouvé figure humaine !

Dès qu'il s'approcha, Charlie entrouvrit les yeux. Quand il reconnut Mathieu, son meilleur ami, près de lui, il les referma mais son visage grimaça un sourire.

  • Tu nous as fichu une sacrée frousse ! dit Mathieu, tout bas.

Charlie approuva d'un signe de tête.

  • Le pire, c'est que c'est mon propre frère qui t'a fait ça !

Charlie ouvrit grand les yeux tout à coup, l'air surpris.

  • Tu le savais pas ? demanda Mathieu.

Charlie fit signe que non. Son visage chiffonné exprimait la douleur d'apprendre qu'il avait pu faire confiance à son tortionnaire !...

  • Pourquoi ? réussit-il à articuler.

  • Il était jaloux de notre amitié, enfin, c'est ce qu'il a dit...

  • C'est triste, émit Charlie avec difficulté.

  • Tu sais, tu m'as toujours pas dit quel secret tu voulais me confier...

Charlie esquissa un pauvre sourire...

  • Ch'uis amoureux...

Février 11-

Nouvelle écrite en duo

avec Marie-Louise, ma collègue,

lors d'une réunion professionnelle,

en vue de proposer ce genre d'activité

à des élèves de 3ème ou

de lycée général ou professionnel...

Pour la petite histoire,

il nous a fallu deux heures

( et dix minutes exactement...)

pour la concevoir et la rédiger.

 

 

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