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08 Dec

Nouvelles médiévales - 3

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Nouvelles

La quête du bonheur - 1

 

 

Ils étaient treize chevaliers autour de la Table Ovale. Le roi Agylus réagit aussitôt. Comment se faisait-il que Drogon ait manqué à l’appel ? Non seulement, une rébellion était à craindre, mais en outre, il était hors de question de se retrouver treize à table...

- J’ai bien une proposition à vous faire, risqua Ermenfroid.

- Vas-y toujours ! l’encouragea Agylus, d’un ton sinistre.

- Je peux vous amener un quatorzième chevalier, qui remplacera très heureusement le funeste Drogon...

- Et comment cela, je te prie ?

- Il se trouve que...

Le chevalier Ermenfroid s’interrompit, se leva et ouvrit la lourde porte qui grinça sur ses gonds. Une intense lumière blanche et dorée aveugla l’assemblée. Le roi, se frottant les yeux, grogna :

- Arrête un peu tes plaisanteries, Ermenfroid ! Quand cesseras-tu de faire l’enfant ?

Géraud intervint, de son ton docte coutumier :

- Tu n’es toi-même pas bien vieux, sauf ton respect, sire mon roi...

Agylus le cloua du regard et crut bon de préciser :

- Souviens-toi que j’ai beau avoir seize ans, je suis le plus vieux d’entre nous. Vous me devez le respect...

Les autres commencèrent à ricaner sous cape, car c’était un mensonge. Comme il allait continuer, il resta bouche bée. Le brouhaha et l’agitation retombèrent soudain. Une présence venait d’emplir la pièce d’un charme magique.

- On le sait, qu’un charme, c’est magique ! corrigea aussitôt Géraud, qui avait une fois de plus oublié de se taire...

- Peu importe ! Continue à noter le compte-rendu de la réunion, que diable !... lui intima le jeune roi de la Table Ovale. Mais ce disant, il ne perdait pas une miette du spectacle. Mieux vaut laisser le lecteur apprécier directement la narration qu’en fit Géraud pour la gloire de son roi :

C’était la plus belle jeune fille qu’on eût jamais vue. En fait, elle était parfaite. Magnifique. Royale...

- Normal ! Elle est pour moi... susurra Agylus.

- Pas du tout ! s’énerva Thierry, elle est mienne, c’est l’évidence !

- Excusez-moi, messeigneurs, intervint Eusebius, mais vous faites tous erreur, vu qu’elle m’est naturellement destinée..

D’autres allaient s’y mettre, lorsque le roi, rouge de colère, hurla :

- Il suffit ! M’enfin... Que signifie tout ceci, Ermenfroid ? Car tu es bien responsable de ce tour de magie, par ma foi !!!

Ermenfroid se tenait légèrement à l’écart, un sourire indéfini flottant sur ses lèvres, tandis que l’objet de leur désir s’était prudemment réfugié derrière lui. La frêle jeune fille tremblait en effet d’effroi... Il les ignora et s’adressa directement à elle :

- Ingonde... Pourquoi ne leur dirais-tu toi-même pas ta façon de penser ?

Ignorant les autres, elle lui répondit :

- Vous êtes sûr ?

- Tout à fait sûr, la rassura l’homme.

Ingonde avala sa salive, fit un écart derrière son protecteur, avança de deux pas altiers en direction des chevaliers qui s’étaient tous regroupés derrière Agylus, se campa sur ses deux jambes qu’on devinait splendides sous ses jupes transparentes et leur dit :

- Où avez-vous été élevés, braves chevaliers ? Vous êtes courageux, hardis à la guerre et au gouvernement du royaume de Cannelle, mais savez-vous prendre une femme autrement qu’en guerrier ? Une femme n’est pas une ville dont on fait le siège. Encore moins un trésor que l’on convoite vulgairement. Avez-vous jamais entendu parler de l’amour courtois ?

- L’amour courtois ?! s’étrangla Agylus...

- L’amour courtois, insista la belle, hochant sa très jolie tête.

- Qu’est cela ? lui demanda humblement Sigisbert, ce qui lui valut une oeillade noire de son roi, qui semblait dire : Ici, c’est moi qui pose les questions...

Sigisbert le comprit parfaitement et chuchota à Agylus : C’est pour vous éviter la mésaventure de paraître ignorant, sire... L’autre haussa les épaules, mais se tint coi. Il tâchait d’écouter la réponse, car Ingonde parlait depuis déjà un moment :

...Voilà, ce qu’est l’amour courtois, nobles chevaliers, conclut-elle.

Le roi fut bien marri d’avoir raté l’explication, comment allait-il faire, maintenant, pour obtenir la jeune donzelle, s’il ne connaissait pas les règles du jeu ?! Sigisbert dissimulait sa gaîté... Lui non plus, n’avait rien entendu des mots de la belle, mais il ne s’embarrassait pas de tant de palabres. Il s’approcha d’elle, et lui entoura la taille d’un bras possessif :

- Allez, viens ma jolie ! On a mieux à faire, toi et moi, que de rester ici à discourir...

Cependant, le roi ne l’entendait pas de cette oreille et s’en prit à son chevalier :

- Je vais te traduire devant mon tribunal !...

- Et pourquoi donc ? s’enquit le galant.

 

Ermenfroid jugea qu’il était temps qu’il reprenne la situation en main. Il cria :

- Hola ! A quoi sert de vous expliquer les choses, si pendant ce temps, vous n’écoutez rien ?! Ou êtes-vous trop rustres pour comprendre les finesses de ce qu’on vous a patiemment expliqué ?

Le roi Agylus ne saisit pas tout, mais sentit confusément qu’une nouvelle offense venait de lui être faite. Cependant, comme elle n’était pas directe, il n’était sûr de rien. Il commençait à en avoir assez, de cet Ermenfroid et de ses tours de passe-passe.

- Toi aussi, dit-il, tu auras droit à tâter de la geôle ! Gardes ! Qu’on les enferme !

 

Aussitôt, des soldats envahirent la salle de la Table Ovale et encadrèrent Ermenfroid et Sigisbert. Ils ne savaient pas trop, à vrai dire, s’ils devaient chercher à contrôler tout le monde ou pas, et notamment cette jeune pouliche qu’ils venaient d’apercevoir et qui commençait à les faire baver... L’un d’eux s’autorisa un gros rire... C’en fut trop pour Ingonde. Elle sortit de la pièce, de ses gonds, furibonde.

- Doit-on l’enfermer, elle aussi, sire ? s’informa l’un des gardes. Le roi fit non de la tête, tandis que les autres chevaliers s’insurgeaient contre la décision injuste de leur roi concernant leurs frères...

- Comment peux-tu, Agylus, décider tout de go que nos frères iront en prison ! Qu’ont-ils fait, grands dieux, qui mérite un tel châtiment ?!

- Ils veulent mon cadeau !

- Ton cadeau ? Tu y vas fort !

- Je croyais qu’Ermenfroid nous amenait un autre chevalier ! Où est-il ?

 

Cette question les fit taire. Tous les regards se tournèrent vers le dernier nommé, que les gardes entraînaient déjà avec eux. Le roi les rappela :

- Pas si vite, gueux ! On a encore des questions à lui poser !

Les gardes le ramenèrent en maugréant dans leur barbe :

- Jamais content ! Si on n’obéit pas assez vite, on est des endormis, si on obéit trop vite, on outrepasse les ordres ! Faudrait savoir...

Le roi, à Ermenfroid :

- C’est vrai, ça ! Où il est ton chevalier ?

Le scripte corrigea :

- Il faut dire : où est ton chevalier ?...

Le roi se retint de lui administrer un soufflet. Par précaution, Géraud recula un peu quand même.

Le roi bouscula Ermenfroid :

- Hé bien ?

Ermenfroid leva les yeux au ciel :

- Vous l’aviez devant vous !...

Ils restèrent tous quelques instants interdits, tandis que le soldat bougon dodelinait de la tête en direction de l’épaule d’Ermenfroid. C’est alors que les murs de la salle se mirent à vibrer violemment sous l’effet de l’énorme rire qui secouait les chevaliers de la Table Ovale. Certains durent se tenir à la fameuse Table pour ne pas s’écrouler de rire... Agylus en pleurait. Il se tapait sur les cuisses de joie. Il regarda Ermenfroid comme pour lui parler, et ferma les yeux dans un nouvel accès de gaîté... Enfin, la compagnie se calma, tandis que le chevalier encadré par ses gardes stoïques n’avait jamais perdu son sérieux. Il attendait, patient. Le roi finit par pouvoir enfin ouvrir la bouche sans rire :

- Tu es... sérieux ? Il se mordit les lèvres pour s’empêcher de recommencer. Les autres soupiraient d’aise, se mouchaient dans leur manche ou s’asseyaient à même le sol, pour reprendre leur souffle.

Ermenfroid sourit tranquillement :

- Je ne l’ai jamais autant été.

- Tu veux rire ? insista Agylus.

- Pas du tout ! répondit l’homme.

- M’enfin... Explique-toi ! proposa enfin le roi.

- Non !

- Comment non ! Excédé par cette désobéissance caractérisée, le roi saisit son chevalier par le revers de son pourpoint et se mit à le secouer de toutes ses forces, en répétant, sur un ton capricieux qui frisait les aigus : Tu vas parler, oui ? Tu vas parler ?!!!

- Non, répéta simplement Ermenfroid.

Géraud le docte crut bon d’intervenir pour amadouer tout le monde :

- Tu dois obéir à ton roi, tu en as fait le serment, rappelle-toi, hein ? Il te demande de t’expliquer, tu t’expliques...

- Vous avez écouté ce qu’Ingonde vous a dit tout à l’heure, à propos de l’amour courtois ?

Plusieurs secouèrent la tête négativement, d’autres recommencèrent à ricaner en se poussant du coude :

- C’est une femme ! On laisse les femelles pérorer entre elles... On n’écoute pas les racontars de commères, nous ! On est des hommes !...

Le roi piquait du nez et tentait de se justifier :

- C’est pas moi ! C’est pas de ma faute ! C’est lui, désignant le fantôme de Sigisbert parti quelques instants plus tôt avec les gardes, qui m’a empêché d’écouter...

- Vous ne valez pas la peine qu’on perde du temps à vous expliquer quoi que ce soit. C’est non !

- Tu sais que tu risques ta tête ? demanda le roi d’un ton doucereux.

Il haussa les épaules, et soutint son regard fourbe :

- Peu me chaut ! Ton nom restera dans l’histoire accolé à celui d’injustice...

Agylus ragea. On voyait qu’il se retenait pour ne pas lui sauter dessus.

Tout à coup, Ermenfroid annonça :

- Vous feriez mieux de rappeler Ingonde. Et de l’écouter, cette fois... Si vous voulez vraiment une explication !

Le roi ne voulait pas prendre cette décision qui l’obligeait à rabaisser de sa superbe, lui semblait-il. Les autres comprirent son indécision et se mirent à l’encourager :

- Après tout, on peut bien l’écouter et faire ce qu’on veut après ! Ce n’est qu’une femme ! disait Eusebius.

- C’est vrai, c’est amusant après tout, de savoir ce qu’ils ont tous les deux derrière la tête... ajoutait un autre.

- Pourquoi pas ? Il n’y a pas de déshonneur à exiger une explication, il me semble... avisait un troisième.

Le roi leur demanda :

- Alors, vous êtes tous d’accord ? Vous voulez savoir ?

L’assemblée manifesta son approbation. Le roi s’adressa à l’un des gardes :

- Va nous chercher la dame Ingonde !

Le soldat partit à toutes jambes. Cependant, ses confrères ne savaient plus s’ils devaient tenir la garde auprès d’Ermenfroid ou pas... Ils commençaient à montrer des signes de lassitude, tandis que le chevalier, entre eux deux, se tenait roide comme une armure. Les chevaliers et le roi s’installaient confortablement, quand on entendit des bruits de pas rapides. La tête du soldat parti à la recherche de la jeune fille apparut dans l’embrasure de la porte :

- Pardon ! Où c’est qu’on doit la trouver, la damoiselle Ingonde ?

 

 

 

Ermenfroid n’écoutait plus. Il repassait dans sa mémoire le fil des événements précédents. Il se doutait que les choses auraient du mal à changer, mais il s’était dit que cela valait la peine d’essayer. En fait, il n’aurait aucun mal à protéger Ingonde, puisqu’elle était sa fille. Et il préférait l’exposer à la vue de tous, plutôt que d’échouer dans sa tâche de père. En effet, les chevaliers n’avaient pas plus de manières que les vilains, en matière de femme, et il souhaitait leur donner une petite leçon qui ne leur ferait aucun mal... Les jolies chansons de Guillaume IX n’étaient pas encore parvenues jusqu’en terre de Cannelle, et il était temps de remédier à cela. Si les chevaliers voulaient encore se comporter en rustres avec les damoiselles après cela, il serait toujours temps de quitter la cour d’Agylus pour se rendre en Pays d’0c, où les gens se montraient plus raffinés qu’ici. Son épouse et sa fille avaient accepté le plan d’Ermenfroid. De même, Drogon avait bien voulu servir de détonateur, par son absence à cette réunion de Conseil.

 

Ingonde arriva enfin. Les chevaliers étaient attablés et mangeaient bruyamment. Certains, déjà bien éméchés, lui levèrent un toast pour la saluer. Eusebius vomit sur la nappe, déjà déchirée aux endroits où les preux avaient dû s’essuyer la figure avec ou se moucher dedans. L’un des gardes d’Ermenfroid trempait ses doigts une fois dans la crème à la cannelle, la fois d’après, dans la sauce au vin et à la châtaigne qui accompagnait les cailles rôties, et une dernière fois dans la confiture de navets au verjus servie avec le même plat. Puis il recommençait consciencieusement. Ermenfroid était resté debout et avait refusé toute nourriture et toute boisson, pourtant généreusement offertes par son roi, qui ne restait jamais longtemps rancunier. L’arrivée d’Ingonde fut moins théâtrale que la première fois, car les hommes étaient bien trop préoccupés à se remplir la panse avant de chercher à la vider, d’une manière ou d’une autre.

Le roi se rendit compte de sa présence, alors qu’elle parlait avec l’homme qui l’avait invitée et qui tentait de la rassurer sur son sort. Ce n’était pas ce bouffon de roi qui devait lui faire peur... Elle n’avait rien à craindre... Agylus se traîna en direction de l’homme et de la fille, en essayant d’attirer leur attention sans succès, ce qui provoqua en lui un nouvel accès de colère :

- M’enfin ! Quand je vous parle, vous m’écoutez, je vous dis...

Ermenfroid s’aperçut enfin que le roi lui adressait la parole. Il réprima un sourire en faisant les gros yeux à Ingonde, afin qu’elle comprît et évitât d’éclater de rire, comme sa jeunesse le lui donnait souvent envie. Il se tourna vers Agylus :

- Voici ma fille, ô roi !

- Ta fille ! Quel rapport avec... Avec...

Il fut incapable de terminer sa phrase, s’affala sur le plancher et s’endormit aussitôt. Les autres étouffèrent de rire dans la tarte aux pommes qui jaillit en miettes et en morceaux mâchouillés de leurs lèvres.

Ingonde retint un frisson et s’apprêtait à repartir, lorsque son père en eut assez. Il avait été patient jusqu’à présent, mais il était hors de question qu’il passe la nuit en prison. Il bourra un coup de pied dans les côtes du roi, ses gardes étant trop amollis par la nourriture et l’hypocras. Il l’attrapa par les épaules, l’obligea à se tenir debout, lui fouetta le visage de sa grosse main large pour le réveiller – ce faisant, il prit un certain plaisir, cependant... Le roi ouvrit les yeux, prêt à se rendormir. Ermenfroid l’aspergea avec ce qui restait d’un seau d’eau qui avait servi aux ablutions en début de repas. Le roi s’ébroua, prêt à mordre, comme un chien mauvais, mais désaoûlé.

- Sire, vous avez demandé les explications de ma fille. Elle est là. Croyez-vous que cette bande de saoûlards est en état de l’écouter ?

Le roi fit ce qu’Ermenfroid espérait bien. Il appela de nouveaux gardes, plus frais ceux-là, et leur donna l’ordre d’asperger tout le monde avec l’eau bien glaciale de la rivière. Les gardes firent une chaîne avec des seaux, et comme ils étaient rodés à l’exercice à cause des fréquents incendies, le travail alla bon train. Les chevaliers revenaient à eux en toussant, rotant, éructant, grondant, hurlant, mais ils revenaient un à un à une petite conscience d’eux-mêmes...

- Plaît-il ? demanda Géraud, comme pris en faute en l’absence d’un stylet dans sa main.

Le roi en profita pour se faire entendre par l’assemblée :

- Ingonde est là. Elle va vous parler. Vous êtes priés de l’écouter, cette fois !...

Il commençait à en avoir assez, et avait peur de manquer de temps pour le repas du soir et les amusements nocturnes...

- Mais... se risquèrent quelques voix.

- QUI a quelque chose à dire ?! tonna le roi. Et plus personne n’osa répliquer. Il se tourna vers la damoiselle, et lui dit d’un ton rogue :

- Tâche de faire vite !

Elle s’inclina, évitant de croiser le regard de son père pour ne pas mourir de rire à contre-temps... Elle se redressa, et prit la parole :

- A quoi servirait que je donne une explication que j’ai déjà donnée ?

L’assemblée manifesta son mécontentement, ainsi qu’un sentiment de culpabilité. Le roi répondit pour tous :

- Cette fois, ils t’écoutent. Tu as ma parole !

Elle s’inclina de nouveau, et se décida :

- Qu’est-ce que le bonheur selon vous, messieurs ?

Ils ne s’attendaient certes pas à une telle question. Eusebius protesta :

- Elle est pas censée poser des questions, sire, mais répondre aux nôtres !

Le roi le coupa :

- Répondez et finissons-en !

Plusieurs voix s’élevèrent alors, se complétant l’une l’autre :

- Je sais pas, moi ! Faire la guerre !

- Ouais ! Et faire l’amour, aussi ! Hé ! Hé !

- Aller à la chasse !

- Ouais ! Et bien manger !

- Et bien boire !

Les voix commençaient à se faire rare.

- C’est tout ? s’informa la jeune fille.

- Ouais !!!

- Et toi, sire ? demanda alors Ingonde. Elle le prit totalement au dépourvu. Ils avaient tous bien répondu. Que voulait-elle de plus, cette donzelle ?

- Euh... réussit-il à articuler. Je sais pas, moi...

- Voyager ? Connaître les hommes, tes sujets ? Te connaître toi-même ?

Le roi allait d’étonnement en étonnement. Ingonde, impitoyable, continuait :

- T’informer de ce dont tes sujets ont besoin ? Leur bonheur, peut-être ? Connaître les femmes de ton royaume ? Ce qui compte pour elles ? Ce qui fait leur bonheur, à elles aussi ?

Le roi était devenu cramoisi. Sur le Saint-Sépulcre, s’il avait jamais eu pareilles idées, il l’aurait su...

- Pratiquer un art, comme le bon roi Guillaume d’Aquitaine, peut-être ? Trouver, comme lui, ou jouer d’un instrument, comme la harpe, ou la flûte, ou l’oud qu’ont rapporté tes Croisés ?...

Il ne savait pas même de quoi elle parlait. Loude lui était parfaitement inconnue... Il avait mal à la tête et ne demandait plus qu’une chose, que cette femme s’arrête de parler. Il allait l’en supplier quand il entendit un son inhabituel. Elle avait sorti une drôle de caisse ronde en bois, plate avec des boyaux tirés en travers, un long manche bizarre où étaient attachés les boyaux, et un ventre énorme tout arrondi. Le bois de la caisse brillait et était orné de riches motifs précieux... Il convoita aussitôt la chose, et prévoyait déjà de se battre avec les autres chevaliers pour l’obtenir, quand il s’aperçut que les autres étaient sous le charme. La jeune fille chantait les poèmes de Guillaume, en s’accompagnant de sa drôle de caisse en bois et en tirant sur les boyaux délicatement... Il s’assit et se mit à écouter, pour la première fois de sa vie.

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