Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
02 Dec

OPALE VENISE IRISEE - chapitre 4

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Roman

 

4

 

 

 

Le vaporetto le déposa devant l'entrée de son immeuble de presse... Il savait sans avoir besoin de l'observer que tout le rez-de-chaussée était noyé depuis longtemps, mais ils avaient l'habitude et n'y laissaient que du mobilier d'accueil aisément récupérable. Quant au plancher et aux murs, hé bien, on lessiverait... Ça ne serait pas la première fois !... En revanche, le premier étage commençait lui aussi à se retrouver sous le niveau de la crue. Il soupira, lorsque son chef apparut à une fenêtre du second étage et le héla :

- On t'attend ! Arrive, ton espresso est chaud !

Avisant l'imposte de l'entrée sous l'eau, il préféra grimper directement par l'extérieur, s'agrippant aux barreaux en fer forgé des fenêtres. Il entra par l'une d'elles, dépourvues de barreaux, au troisième étage.

- Fais voir ! dit le patron, sans autre forme de politesse.

 

 

 

Professionnel, Luigi lui tendit son appareil. Matteo visionna rapidement les clichés, le visage tendu.

- Ça va chez vous ? demanda le photographe d'une voix blanche.

Son chef, leva un bref regard, parut vouloir commenter l'allure de clochard de son ami, se retint...

- A peu près ! J'ai envoyé la famille dans l'arrière-pays, ils sont chez ma belle-mère.

Luigi hocha la tête, comme si la nouvelle lui suffisait à comprendre. Rien de l'état de leur appartement, rien de leur hâte nocturne, ni de l'agitation autour d'eux...

- Heureusement que les greniers sont aménagés pour ceux qui n'ont pas cette solution de repli... ajouta Matteo, tout en restant sur une photo.

Luigi jeta un œil par-dessus son épaule. La vue montrait des touristes en maillot de bain qui se baignaient avec le sourire...

- Y en a beaucoup comme ça ?

- Deux-trois...

 

 

 

Le chef les parcourut toutes rapidement, pour s'arrêter sur celles où les touristes faisaient le buzz : l'un d'eux surfait dans une calle entre les hauts murs, un autre jouait à l'homme-grenouille, d'autres faisaient du canoë piazza San Marco... Une autre encore montrait un couple assis en terrasse, l'eau arrivant juste sous leur siège... Il leva les yeux au ciel, reprit son inspection cliché par cliché.

- OK. File les envoyer au marbre, on fait une pleine page photos à la Une !... Vois avec Oriano pour les titres et les légendes. On va tirer de jour, exceptionnellement. Place à l'urgence !... Il y aura une édition du soir.

 

 

 

Luigi en conclut qu'il avait fait du bon boulot. Il allait partir quand Matteo le rappela, lui tendant une photo papier :

- Tiens ! Si tu la croises, avertis-moi !

Il s'agissait d'une photo d'amateur agrandie. Il la reconnut immédiatement.

- Qui c'est ?

- Elle est soupçonnée d'avoir enlevé un enfant...

 

 

 

Après tous les gens en insécurité qu'il avait côtoyés durant cette folle nuit, après l'organisation des secours dans l'urgence, après sa fièvre à rendre compte de la réalité grâce à son métier, sans relâche, sa brève rencontre nocturne lui revint en mémoire comme un ras-de-marée refoulé... La jeune fille qui l'avait suivi ! Une ravisseuse d'enfants ?!...

 

 

02/12/12

Commenter cet article

Archives

À propos

Mes contes, mes poèmes, mes calligraphies, mes dessins, mes peintures ( aquarelle, encre de Chine...), aïkido...