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23 Dec

OPALE VENISE IRISEE - chapitre 6

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Roman

 

6.

 

 

A peine arrivé chez lui, Luigi se jeta rageusement sous la douche. Il la prit brûlante, se savonna jusqu'à s'écorcher la peau pour éliminer tant bien que mal cette odeur de vase écœurante dont il ne parvenait pas à se débarrasser, se sécha soigneusement, avec plusieurs serviettes successives. Il voulait oublier jusqu'à l'idée de l'eau !... Il alluma son ordinateur tout en mettant par acquis de conscience ses vêtements et les serviettes dans la machine à laver, la mit en route en attrapant au vol un morceau de pain de mie et un bout de fromage et s'assit à son bureau, impatient de voir ce que ses confrères relataient de la catastrophe... Il passa un bon moment à lire et visiter les sites professionnels pour se faire une idée globale. Pas fameux... Et la météo n'avait pas l'air d'annoncer une rémission dans les jours à venir, loin de là !... S'il l'avait pu, il aurait décidé de se laver au vin, dorénavant !..

 

 

Il ouvrit sa boîte mail. Un courriel d'un de ses amis et confrères résidant près de Naples l'alerta. Comment avait-il pu passer à côté de ça ?!... Il surfa rapidement sur les sites informatifs et trouva confirmation de ce que lui annonçait Bartolomeo. Était-ce possible ? Il vérifia une fois de plus la nouvelle, appela Matteo pour savoir s'il était au courant... En effet ! Il semblait que toute la planète fût en proie à des phénomènes météorologiques irrationnels ! Les pôles fondaient à une allure vertigineuse sous l'effet d'une chaleur torride ; les régions tempérées s'enfonçaient de plus en plus sous le niveau de la mer, submergées par les inondations ; le sud et les zones habituellement chaudes crépitaient et partaient en fumée sous les incendies... Bartolomeo souffrait déjà de graves brûlures et avait trouvé un tas de cendres en lieu et place de sa maison... Les communes ne savaient plus où permettre aux populations de se réfugier ! Inquiet pour sa famille qu'il avait laissée là-bas, Luigi rappela son patron pour lui dire qu'il prenait la route et le tiendrait au courant pour le journal... Matteo n'eut pas le temps de lui répondre qu'il avait déjà raccroché.

 

Alors qu'il approchait de sa Maserati sur le parking, le reporter reconnut la silhouette de la jeune fille de la nuit. Il se dit que ces dernières vingt-quatre heures décidément folles ne présageaient rien de bon pour l'avenir !... Il l'appela. Il ne connaissait même pas son prénom !.. Elle se retourna, hésita, prête à fuir une fois de plus, se ravisa puis vint vers lui, l'air bravache.

- Encore vous ! lança-t-elle.

- Dites donc ! C'est pas vous qui me suiviez, la nuit dernière ? Ne renversez pas les rôles ! Vous avez quelque chose à faire ?

Il l'observait. Elle portait toujours les mêmes vêtements et émettait des effluves à faire pâlir un mort...

Elle n'avait rien à répondre.

- Écoutez, si vous n'avez rien de spécial à faire, je vais à Naples. Voulez-vous m'accompagner ?

Ce fut elle, cette fois, qui le dévisagea, stupéfaite.

- Qui me dit que vous n'êtes pas un bandit ? Un voyou ?...

- A vous de voir...

Furieux, il tourna les talons.

- J'ai assez perdu de temps comme ça...

Il ouvrit la portière de sa voiture, ôta son imper déjà liquide et s'installa.

- Attendez ! Je viens...

Comme elle montait à bord, il se demanda ce qui lui avait pris de l'inviter. Il ne savait rien d'elle à part qu'elle avait un comportement des plus bizarres et qu'elle sentait le bouc marin à cent mètres à la ronde...

- Au fait ! C'est comment, votre nom ?

- Angelina, et vous ?

Il dissimula un sourire... Quel ange en effet !...Boueux et noir de crasse et d'esprit...

- Luigi...

D'un autre côté, ils auraient le temps de faire connaissance, et il pourrait se faire une opinion sur cette histoire de rapt d'enfant...

- C'est loin, chez vous ?

Méfiante, elle lui jeta un regard mauvais.

- Qu'est-ce que vous avez, là,tous les hommes que je croise aujourd'hui, à vouloir savoir où j'habite ? J'en ai... 

- Figurez-vous que vous pourriez habiter les égouts de la ville que je m'en soucierais comme d'une guigne, sauf que j'aimerais bien ne pas vomir dans ma voiture à cause de votre odeur et que j'aimerais que vous fassiez un brin de toilette avant qu'on fasse toute une journée de route ensemble !...

- Une si belle voiture !... railla-t-elle. Si c'est pas du luxe, ça ! Ça gagne bien, photographe-pour-une-feuille-de-chou, on dirait ?

Vu l'air de son nouveau chauffeur du jour, elle préféra s'adoucir :

- On pourrait pas aller chez vous, plutôt ?

Il soupira. Il savait qu'il n'en tirerait rien de plus... Il accepta.

 

 

23/12/12

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