Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 Feb

OPALE VENISE IRISEE - chapitre 8

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Roman

 

8.

 

 

En peignoir dégoulinant sur le paillasson, devant l'appartement de ce minable de journaleux, elle tremblait, tenant ses vêtements boueux, malodorants et trempés en paquet informe dans ses bras. Elle s'aperçut qu'il avait oublié de lui rendre ses chaussures et se mit à tambouriner en l'appelant pour qu'il lui rouvrît et qu'elle pût récupérer son bien. En vain. Elle tenta même une explication à voix hurlante, à travers la porte, pour le convaincre, mais rien n'y fit. Elle finit par hausser les épaules et se mit à descendre l'escalier sans trop savoir quoi décider. Une chose était sûre : elle ne remettrait jamais ces nippes puantes et glacées !... Elle les coinça en boule à tout hasard contre un seuil et alors qu'elle reprenait sa descente, la porte s'entrouvrit en grinçant.

- Qu'est-ce que c'est que ça ?! éructa une voix de femme en colère. Hééé !!! Reprenez vos ordures au lieu de les mettre sur mon...

 

 

 

Angelina se précipita au bas de l'immeuble, l'autre ne put la rattraper. Elle déboucha dehors, sous les torrents de pluie, immédiatement alourdie par le peignoir qui buvait l'eau à plein temps... Elle se mit à courir maladroitement au hasard. Elle ne croisa personne dans les rues excentrées mais dès qu'elle atteignit le centre-ville, les passants la dévisagèrent, qui choqués, qui le regard égrillard... Elle avisa un bar où une femme tâchait d'endiguer l'invasion de l'eau dans son pas-de-porte et s'y glissa, non sans lutter contre le courant.

- Fermez donc cette porte ! Vous ne voyez pas que vous détruisez tout mon travail ?! s'exclama la patronne. Elle leva les yeux vers la nouvelle venue et resta bouche bée.

- Que faites-vous dans pareil attirail ? souffla-t-elle... Puis, méfiante : si vous venez ici pour faire du scandale...

La jeune fille s'excusa pour tout le dérangement et le désordre qu'elle causait. Expliqua d'une manière confuse, il faut bien le dire, sa tenue. Et surtout, demanda à la femme si elle pouvait lui en prêter une autre, histoire de pouvoir rentrer chez elle sans soucis... La patronne fit mieux que cela, elle lui offrit un thé bien chaud et un repas sur le pouce. Quand la jeune fille voulut la payer, la femme refusa tout net. On pouvait bien s'entraider dans des périodes si dures !...Angelina raconta qu'elle devait rentrer chez elle pour récupérer son porte-monnaie, mais qu'elle reviendrait s'acquitter de sa dette aussitôt que possible. Elle proposa également d'aider immédiatement la patronne à repousser les éléments, s'étonnant qu'elle fût seule pour s'acquitter d'une tâche aussi ingrate et vouée à l'échec...

- Mon mari est parti donner un coup de main aux pompiers, et nous n'avons pas d'employé... précisa-t-elle. Et j'aime mieux m'occuper utilement que de me lamenter...

Elles trimèrent jusqu'au milieu de la nuit. Lorsqu'elles s'arrêtèrent enfin, elles avaient obtenu peu de résultat ( en condamnant la porte à clé). Le mari n'était pas rentré et elles s'aperçurent qu'elles mouraient de faim. Elles se cuisinèrent ensemble un repas un peu plus copieux que le précédent et le partagèrent sans façon. Au moment de partir, Angelina se demandait comment faire pour passer de nouveau cette porte sans anéantir toutes leurs heures de travail lorsque la patronne eut une idée.

- Je vais appeler Théo, il arrivera par derrière, et tu pourras rentrer chez toi en gondole comme ça.

Et comme la jeune fille lui rappelait qu'elle n'avait pas de quoi payer sur elle, la femme ajouta :

- Ne t'inquiète pas ! Je m'en occupe. Tu m'as aidée toute la soirée. C'est normal...

 

Épuisée, Angelina ne lutta plus et se laissa faire. Elle s'assoupit légèrement sur une chaise le temps que le gondolier appelé par Martina, la patronne, fasse son apparition.

 

Ce fut une réelle apparition ! Théo était le gondolier qui l'avait trimballée toute la journée dans son embarcation et lui avait proposé de partager son pique-nique vers quatre heures de l'après-midi...Il y avait un siècle, déjà !... Il n'avait pas dû prendre d'autre pause, ses vêtements étaient on ne peut plus frippés et trempés, les bords de son chapeau en berne, ses joues noires de barbe, cependant son regard aigü la transperça. Elle retint son souffle, comme un malfaiteur reconnu...et soupira quand il abaissa ses épaules et lui offrit un vrai sourire...

 

 

24/02/13

Commenter cet article

Archives

À propos

Mes contes, mes poèmes, mes calligraphies, mes dessins, mes peintures ( aquarelle, encre de Chine...), aïkido...