Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
03 Dec

Portrait 11

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Portraits symboliques

 

Le sculpteur désespéré

 

 

 

A vous, mes amis que j'aimerais libérés...

A toi, R, dont j'admire réellement l'oeuvre.

 

 

 

 

Le toucan a perdu ses couleurs éclatantes à force de pleurer une être chère... Il s'est vidé de toute substance vitale. Elle, c'était plutôt une aigle royale, mais ils s'aimaient comme seuls un père et une fille peuvent s'aimer et avaient l'habitude d'entreprendre de grands voyages ensemble. Ils tournoyaient dans les courants ascendants pendant des heures et admiraient le panorama de tous leurs yeux. Leur belle complicité l'a laissé inconsolable. Exsangue. Hargneux envers ceux qui ont la chance d'être là, alors qu'elle, gît six pieds sous terre... Comment une aigle pourrait-elle s'accommoder d'un tel sort ? Comment un toucan pourrait-il survivre à la mort de sa chère enfant ? Comment un toucan n'a-t-il pu empêcher la mort de sa propre enfant ? Alors qu'il lui avait lui-même donné le goût du voyage ?...Alors qu'il lui avait lui-même appris à voler ?...


Il a sculpté son désespoir dans la pierre, dans le bois, dans la pierre encore, dans le bois toujours. Il a sculpté des heures durant. Sculpté des heures durant. Sculpté des heures durant. Sculpté des heures durant de dur labeur. Sculpté des heures de dur cœur. Sculpté des heures par tous les temps et jusqu'au cœur de l'hiver dur comme la pierre, dur comme la glace qu'il a sculptée aussi, dur comme son propre cœur de glace.


Seul.

Il ne voyait plus la nature, la montagne autour, le ciel bleu ou gris ou chargé de flocons, pour lui, c'était pareil. Il était indifférent, même au lac et à ses reflets changeants. Même au lac vivant.

Il endurait sa vie comme un fardeau. Encore une heure de vécue. Encore une heure qui s'empile sur les autres. Encore une... Ceux qui vivaient autour de lui, celle qui vivait avec lui, n'en pouvaient plus, d'être obligés de porter son fardeau à lui. N'en pouvaient plus... N'en pouvaient mais. Et elle, sa compagne, et lui, son fils, n'enduraient-ils pas leur propre peine ? Et ne leur suffisait-elle pas, sans être en outre contraints de s'affliger de la sienne ? Pourquoi une telle misère ? Pourquoi pareille double peine ?

Qui pourrait lui rendre le sourire ? Le vrai... Le sourire intérieur... Qui ?

 

Qui pourrait leur rendre la joie de vivre ? Légère... Qui ?

Oh ! Ne croyez pas qu'il ne sait plus se faire plaisir... Il a repris ses pérégrinations au pays de la neige suprême, au pays du grand nord de crème, au pays des érables pourpres ou givrés de glace. Il fuit ses craintes, ses cauchemars, ses remords, ses reproches, il fuit à toute allure sur les pistes enneigées, sur les chevaux à moteurs... Il s'enivre d'air coupant comme un fer de lance. Il s'aveugle de blanc comme on porte le deuil, éternellement.

 

En sculptant, peut-être cherche-t-il à retrouver la Lumière au travers de son être de glace ? Le Feu de la passion au cœur de ce bloc monolithe qu'il s'échine à débiter ? L'étincelle de Vie dans cette grume qu'il s'acharne à déformer ?

 

03/12/10


Commenter cet article

Archives

À propos

Mes contes, mes poèmes, mes calligraphies, mes dessins, mes peintures ( aquarelle, encre de Chine...), aïkido...