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23 Nov

Portraits 7 et 8

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Portraits symboliques

 

Portrait 7

 

ROUGE NUIT

 

Tantôt coquelicot épanoui

Tantôt fleur flétrie, cramoisie

Parfois drôle jusqu'au rire

Parfois tendue jusqu'aux larmes

Un jour spontanée

Un jour refermée

Aujourd'hui ouverte

Demain bouleversée

Cœur battant de compassion

Main crispée sur ses armes

Mots anglais tendre passion

Mots durs de rage en blocage jetés

à la figure de ceux qu'hier, ce matin même,

elle aimait

Corolle qui frôle le monde

Corps vide qu'elle veut stérile

Maigre consolation

Juste pour rester tranquille

Qu'on ne piétine pas son aire

Qu'on ne risque pas de la mettre à bas

de son nid trop fragile

Qu'on la laisse inutile

Qu'on la perde de vue

Qu'on l'oublie

Comme le faucon qui file

sur la tranche de ses ailes

sur le boomerang de son profil

devenu invisible...

22/11/10

 

 

Portrait 8

A Claudine, ma tante

 

Ficaire-1.jpg

 

 

Avez-vous déjà remarqué la ficaire, cette jolie fleur jaune étoilée, tapie en groupe au fond des fossés, au cœur de l'été ? Elle irradie depuis les profondeurs de la terre ou des sous-bois, de sa timide lumière. Elle se plaît en compagnie, toujours prête à éclater de rire, et à communiquer sa gaieté à ses amies ou aux membres de sa famille... Elle offre généreusement sa beauté fragile à qui veut bien la remarquer. Mais n'allez pas la cueillir, car alors, elle s'étiolerait de tristesse... Pour elle, sa famille et ses amis comptent tant qu'il ne peut être question de l'en séparer, même si elle décide parfois de son plein gré d'émigrer, juste pour le plaisir de voyager, de découvrir d'autres milieux, d'autres sphères, même si elle décide parfois de lorgner du côté de l'ombre des conifères...

 

Un jour d'hiver, la ficaire crut qu'elle pourrait, à elle seule, tenir lieu de compagnie à sa propre mère. Mal lui en prit... Depuis, elle se vida de sa substance, la joie l'a quittée, et d'autres décisions l'ont plongée dans un isolement complet, l'ont abîmée dans des troubles sans fin accumulés...

 

Aujourd'hui, elle vit loin de tous ceux qui l'aiment, dans une banlieue du nord, froide, violente, sniffante et humide... Finis les petits bois chauffés de soleil, les clins d'oeil plein de malice au fond des fossés irigués, finis les rais de lumière qu'elle relayait avec bonheur, finis les amis devenus trop vieux comme elle pour pouvoir se rapprocher, finie même la famille trop éloignée de sa grise aire maritime trop salée, imbuvable, mouvementée.

 

Elle a recréé autour d'elle un petit cocon d'amitié, où elle partage quelques moments de beauté avec une voisine qui prend soin d'elle et dont elle prend soin elle-même, ainsi que de sa famille... Mais saura-t-elle oublier ses regrets, les mauvais choix, les chagrins d'une vie pourtant si bien commencée ?... Saura-t-elle se pardonner ses erreurs de jugement, ses errements de valeurs, ses terribles heures de malheur ? Aura-t-elle un geste, une attention de douceur envers elle-même ?...

 

Je lui renvoie parfois les rayons de soleil que je peux capter moi-même, chaque fois que je lui parle à distance, grâce à la magie des ondes, de la science, et j'aime entendre le ton de sa voix changer dès qu'elle sait que c'est moi, qui suis au bout du fil, le son de sa voix , vibrer de joie quand elle me remercie de lui avoir redonné, pendant un trop bref moment, la vie, la compagnie d'une personne aimée, de lui avoir redoré la vie, pour un court instant.

 

23/11/10

 

Ficaire-2-copie-1.jpg

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