Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 May

Régalez-vous ! 13. La quadrature du cercle

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Contes

Olwen et le Cavalier bêtifiaient depuis un certain temps devant ce poupon qui babillait, faisait des bulles et leur souriait de tout son cœur. Ils avaient tôt fait de lui trouver une nounou, Filipp ayant décidé d'emmener le jeune homme et le bébé dans sa propre famille. Il savait, du moins il espérait, qu'il pourrait compter sur la discrétion de sa sœur et de son mari, ainsi que de ses neveux et nièce. En fait, seule la nièce et ses parents étaient là, à leur arrivée, ce qui les arrangeait bien. Moins on mettrait de monde au courant, mieux ce serait... On leur fit la fête, on voulut savoir le prénom du nourrisson, à qui il était...

- Obsidiane ! Elle s'appelle Obsidiane... affirma Olwen. C'est ma fille, ajouta-t-il aussitôt, sous le regard médusé du Cavalier.

Il lui fallut inventer d'autres mensonges pour répondre à toutes les questions qui l'assaillirent bientôt.

 

 

 

La nièce fut dépêchée au village pour demander à la jolie Ombeline, qui était mère depuis la veille, si elle voulait bien nourrir deux nourrissons au lieu d'un. La jeune femme était arrivée, le sourire aux lèvres, la parole aisée. Elle avait confié son enfant à la nièce de Filipp, avait pris la petite dans ses bras et rapidement grimacé. Elle avait lancé un regard de reproche aux deux hommes, entrepris de la déshabiller, de la baigner, de la changer, de la nourrir enfin, en alternance avec son propre rejeton. La petite Obsidiane s'était laissée faire, dans le calme, les yeux pleins d'interrogation...et s'était endormie au sein, comme à son accoutumée.

 

 

- Elle n'a pas de mère, cette enfant ? avait demandé la sœur de Filipp, d'un ton un peu aigre.

Bien sûr que si ! avait maugréé Olwen au fond de lui. Mais étaient-ils si sûrs, Filipp et lui, qu'il s'agît bien là du bébé de Gaïa ? Et comment était-elle arrivée jusque là ? Le Cavalier avait affirmé qu'elle avait répondu à l'appel du bracelet de cuivre :

- Je t'ai dit que c'était la clé ! avait-il rappelé au jeune homme. C'est lui qui permet ces trajets instantanés... D'ailleurs, tu m'as précisé que tu le briquais entre tes mains, quand la petite t'a cogné...

Et son œil moqueur ne manquait pas de pétiller lorsqu'il rappelait à Olwen comment la petite l'avait presque mis ko en atterrissant dans son dos... Le jeune homme se contentait de hausser les épaules et de détourner la tête... Il n'était pas si convaincu que cela...

 

 

 

 

La Nouvelle Lune brillait par son absence dans le ciel ; le noir était dense, mais la petite illuminait doucement son berceau comme un lampion de fête.

- Vas-y, je te dis ! murmura le Cavalier, un peu agacé par l'indécision d'Olwen.

- Tu crois ? insista le jeune homme, qui craignait de mettre la vie d'Obsidiane en danger.

- Je t'ai fait confiance, pour Onufri ?

Le jeune homme ne pouvait pas dire le contraire. Il sortit de sa poche le bracelet de cuivre qui luisait lui aussi et lui chauffait la cuisse et la main.

- Alors, à ton tour ! Si elle peut apporter cet objet à sa mère, Gaïa pourra nous rejoindre avec elle. Vas-y, je te dis !...

- Mais... Gaïa ne souhaite peut-être pas me revoir ?...osa Olwen, plein de doutes.

Le Cavalier se contenta de rire :

- Allez ! Fais-le ! conclut-il en lui adressant un clin d'oeil.

Tremblant, le jeune homme cala le bracelet de cuivre entre les langes du nourrisson, en lui parlant :

- Si tu le veux, avec ce bracelet, tu peux retr...

Un éclair de lumière les aveugla tous les deux.

 

 

 

 

- Attention ! s'écria Pazzo.

Gaïa ne savait pas à quoi elle devait faire attention, mais elle se retourna juste à temps pour réceptionner le paquet qui lui arrivait droit dessus.

 

 

 

*****

 

- Attention ! s'écria le père d'Ombeline, sotto voce. Tu vas la rév... Trop tard !

La mère de la fillette d'une douzaine d'années reposa son paquet délicat dans le fauteuil dont elle avait tenté de l'extraire sans la réveiller, pour la monter dans son lit... Ombeline ouvrit les yeux, légèrement surprise, puis, se rappelant où elle était, piocha dans l'assiette de chocolats aux noisettes posée sur un coin de la table basse et s'exclama en mâchonnant :

- Assieds-toi papa ! On va la finir, cette partie !...

Les deux parents rirent tendrement. Ils connaissaient bien la passion de leur fille pour les échecs ( et les bonnes choses...), mais cette partie-là avait assez duré, et d'ailleurs, elle avait encore des rêves plein les yeux...

 

 

 

 

 

26/05/12

 

Commenter cet article

Archives

À propos

Mes contes, mes poèmes, mes calligraphies, mes dessins, mes peintures ( aquarelle, encre de Chine...), aïkido...