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08 May

Régalez-vous ! 8. Apparences

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Contes

 

- Puisque c'est ainsi, séparons-nous !

Olwen n'en croyait pas ses oreilles... Il s'était engagé à la suivre par amour, et elle, à la première contrariété, elle était prête à continuer sa route en solitaire, sans un remords ! Tant qu'ils avaient vécu à la ferme de ses parents, le jeune homme n'avait pas voulu se laisser mener par les apparences mouvantes de cette belle jeune fille régalienne. Certes, elle paraissait trop sûre d'elle, elle avait l'habitude de s'adresser aux autres en souveraine ; certes, elle ne s'en laissait pas compter, elle avait l'éclat de rire spontané et le regard direct ; mais n'était-ce pas ce naturel qui l'avait séduit, cette liberté d'agir et dans le verbe qui l'avaient conquis ? Et il la savait toute en tendresse et en complicité aux heures douces du crépuscule et de l'obscurité... Cependant, cette fois, elle ne déciderait pas à sa place !...

 

 

 

 

Elle se tenait debout en pleine lumière, et il ne lui manquait plus que le trône et la couronne, quoique ses cheveux de cuivre parussent des flammèches autour de son visage fermé, tels une crinière de lionne impatiente de partir... Lui était assis au sol en tailleur, devant elle, à l'ombre de la cathédrale, dans une ruelle un peu moins bondée que le reste de la ville, en cette pleine période de foire. Il leva vers elle un regard scrutateur et lui dit d'une voix trop calme :

- Est-ce bien ce que tu veux ? As-tu mesuré les effets de tes paroles ?

Elle lui jeta un bref coup d’œil. Elle semblait balancer en elle-même. Elle savait que s'ils se séparaient maintenant, la vie ne les relierait peut-être plus jamais... Elle savait qu'elle serait seule pour rentrer à la maison, seule pour mettre son enfant royal au monde...

- C'est ce que je veux ! confirma-t-elle avec gravité. Car elle avait en elle l'Enfant de Lumière, et le cavalier lui avait assuré qu'avant son accouchement, celui-ci saurait lui indiquer son Objet de Lumière à elle... Dès lors, elle ne craindrait plus rien, elle n'aurait qu'à suivre ses indications pour ne plus se tromper de route.

 

 

 


Il se dressa de toute sa hauteur, de même que la tour vertigineuse qui donnait toute l'apparence qu'elle allait s'effondrer sur eux. Elle recula, et s'en voulut... Mais elle l'écouta. Il ne comprenait pas son extraordinaire égoïsme, elle, la Reine qui avait su rendre un peuple heureux... Comment pouvait-elle le quitter avec autant d'indifférence ? Qu'était-il pour elle ? Un bâton de pèlerin ? Un instrument de son plaisir ? Bon à jeter lorsqu'on a fini de jouer avec ?...Ou peut-être lorsqu'on éprouve une brusque envie d'en changer ?

Elle l'interrompit, incapable d'en entendre plus sans se défendre...

- Je ne peux croire que tu aies autant changé, coupa-t-il en étouffant un sanglot, et il tourna le dos en s'enfonçant dans la foule insensible, dont les vagues aveugles se refermaient à mesure derrière lui.

Elle fixait l'endroit où il avait disparu. Immobile comme le monument de pierres mortes qui l'écrasait de toute son inhumaine hauteur  et l'enfonçait dans la torpeur des errances erronées. La peur s'empara d'elle.

 

 

 

 

 

Rapidement, Olwen marchait droit devant lui. Son sac en bandoulière lui battait les flancs au rythme de son coeur oppressé. En fait, il courait presque, désireux de dissoudre cette boule de chagrin qui compressait cruellement son larynx et lui coupait l'appétit de vivre. Il arriva bientôt au nœud de chemins où ils avaient fait halte la veille, tous les trois. Il s'arrêta de nouveau, observa le panorama d'un regard circulaire et s'assit. Rien n'avait changé ici. Tout autour de lui, les collines tranquilles des Monts d'Arrée développaient leurs bosses à l'infini, jusqu'à la mer qui le faisait cligner des yeux. Il se leva pour cueillir une jacinthe des bois, huma son parfum par habitude, il en avait offert quelques unes à sa belle hier, et à présent, elles devait être aussi desséchées que son cœur...

 

 

 

Il soupira en tremblant, et se demanda comment le cavalier avait bien pu se débrouiller pour réussir à les rater une fois encore... Avec un tel homme, aucune prévision n'était possible ! Cela eut le don de le faire sourire parmi ses larmes qu'il n'avait pas pensé à essuyer. Il en avait assez des tours de magie d'invisibilité ! Assez jusqu'à la nausée des caprices de la femme qui feignait de l'aimer et qui n'était, il faudrait bien l'admettre un jour, que la vraie Peste que sa réputation avait propagée dès avant son arrivée, telle une épidémie... Demain, il rentrerait chez lui. A bout de force, il ne sentit pas qu'il s'était allongé à même l'herbe et la terre humides. Il ferma les yeux sur un soleil toujours rayonnant. Il rêva qu'il entendait un bruit de carriole, mais ce n'était qu'un trône ambulant, et bien qu'il fût vide, il trouva ça drôle. Il rit tant et si fort qu'il s'en éveilla. La lune brillait haut dans le ciel étoilé. Elle était pleine.

 

 

 

08/05/12

 

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