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14 May

Régalez-vous ! 9. PRE-VISIONS

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Contes

 

Gaïa avait feint sa belle assurance. A présent, elle se retrouvait seule, comme amputée d'une partie d'elle-même. Elle erra vaguement à la suite de son amour perdu, et se heurta devant les portes de la cathédrale à une grosse bedaine pleine de soupe.

- Hé ! Pourriez pas faire attention ?!

Le petit homme passa de l'indignation au rire en moins d'une demi-seconde :

- Suis pas une boule, moi !... Même si ch'uis presque circulaire...

Il remarqua la petite mine de la jeune femme et se pencha vers elle, bien qu'elle le dépassât de trois têtes :

- Ben ça a pas l'air d'aller fort, ma p'tite dame !... Qu'y a-t-il pour votre service ? s'informa-t-il en tendant la main...

Habituée à ces boniments et à la générosité d'une reine, elle fouilla dans son sac à la recherche d'...

- Tenez ! lui dit-il doucement.

Il lui proposait un mouchoir, guère propre, mais un mouchoir... Elle émit un bruit incongru pour une jeune et belle dame. Ils se regardèrent et éclatèrent de rire, elle parmi ses larmes qu'elle ne prenait plus la peine de dissimuler.

- Je dois bien avoir quelques sous dans mon escarcelle...

- Gardez-vous en bien ! C'est pas des sous que je veux, c'est vivre ! Vous auriez pas besoin d'un ancien Fou du roi, par exemple ?

Et il se lança dans diverses facéties, allant de la jonglerie à la cabriole, en jouant de la musique sur une flûte dont les aigus la firent voyager bien loin de là... Un Fou de la Reine... Pourquoi pas ? Lorsqu'elle revint sur terre, elle s'aperçut que le petit homme la fixait d'un regard grave et perçant. Elle eut un mouvement de recul...

- N'ayez pas peur, ma p'tite dame ! Je me demandais simplement où je vous avais déjà vue...

Il fit un geste de la main, comme pour effacer sa pensée :

- Mais c'est pas bien grave ! Et si vous voulez garder l'incognito, je sais même être muet comme... un muet !...

Elle fit une mimique de surprise, tandis qu'il riait sans bruit de son petit effet. Elle ne savait plus s'il l'avait réellement reconnue ou s'il bluffait...

- Vous êtes... ?

- Pazzo, Pazzesco, pour vous servir !...

Et comme la jeune femme restait sur sa faim :

- Pazzo le clown, Pazzesco le Fou du roi...Mendiant de la Lune de son état !...

 

 

 

Ce fut assez pour gagner la confiance de la jeune femme. Alors qu'ils avaient fini par prendre la route ensemble, elle se retourna pour l'interroger :

- Vous avez vraiment été Fou ? De quel roi ?

Il avait hoché la tête pour répondre à la première question. Quant à la deuxième, il ne semblait pas bien décidé à y répondre.

 

 

 

 

Olwen, lorsqu'il s'éveilla, s'aperçut qu'il avait enlacé une roche de granit comme un enfant de quatre ans se serait agrippé à son doudou... Il se redressa de toute sa hauteur, s'étira et se sentit ragaillardi, bien qu'on fût selon toute apparence à la mi-nuit... Il remercia la pierre vivante d'un léger battement de paupières et d'une inclinaison du buste et de la tête, un sourire aux lèvres. Il se sentait désormais en confiance. Il n'avait peut-être pas d'Objet-Source-de-Lumière, mais il avait la Roche, la Terre, les Végétaux, l'Air, la Lune pour l'éclairer et le guider sur le bon Chemin. Il fit un pas et ce fut le moment que choisit le renart pour surgir devant lui. Ils s'observèrent un moment. Olwen remercia intérieurement l'esprit du Renart de bien vouloir venir à sa rencontre. Le Renart s'assit sur son précieux postérieur. Sa fourrure et la splendeur de sa queue magnifique n'étaient pas sans rappeler au jeune homme une autre couronne de cheveux couleur cuivre. Dans l'expectative, il essaya de l'interroger, comme il l'aurait fait face à un vieil ami : Que devait-il faire ? Retourner auprès des siens ? Repartir chercher Gaïa ou s'enquérir du Cavalier, avec lequel la quête serait moins ardue ?... Lorsque l'animal disparut dans la nuit, le jeune homme avait pris sa décision.

 

 

 

Il assura sa charge sur son dos, et invita mentalement le Renart, s'il le souhaitait, à l'accompagner. Il allait partir lorsqu'un éclair illumina la nuit. Il fut étonné qu'aucun coup de tonnerre ne le suivît...C'est alors que le Cavalier apparut, juché sur Onufri, brandissant un objet dans sa main gauche. Dès qu'il reconnut Olwen, il éclata d'un rire joyeux, sauta à bas de sa monture de Lumière et lui sauta au cou ! Le jeune homme n'en revenait pas... Comment avait-il fait ? D'où sortait-il ? Il riait avec lui, sans trop comprendre, juste heureux d'avoir retrouvé un ami.

- Vous m'avez donné une sacrée frousse ! se plaignit-il faussement. Que vous est-il arrivé ?

- J'exige d'abord des excuses ! déclara l'homme d'armes avec solennité.

- Des excuses ? s'enquit Olwen avec un sourire d'incompréhension.

- Sur le champ ! confirma le cavalier...

Et comme le jeune homme semblait avoir un éclair de lucidité, il tenta :

- Veuillez m'excuser d'avoir laissé Gaïa s'enfuir une nouvelle fois...

- Gaïa ? s'inquiéta le cavalier, suffoquant de surprise. C'est vrai, ça ! Où est-elle encore passée, cette petite peste ?! Elle n'est pas avec vous ???

Il s'aperçut qu'il venait de l'appeler tout haut comme il ne se le permettait qu'en son for intérieur... Olwen eut un nouveau sourire...

- Oui, enfin, c'est moi qui m'excuse ! Mais de vous, j'attends des excuses valables !...

Et devant l'air interrogateur de son ami, il précisa :

- C'est vrai, quoi, à la fin ! Tout le monde me trouve balourd dans cette histoire, mais c'est bien moi qui ai compris comment disparaître et réapparaître à volonté, non ? Devenir invisible, si vous préférez...

- Veuillez m'excuser, messire, mais je ne suis toujours pas très sûr de comprendre... A tout le moins, c'est merveilleux ! Vous allez pouvoir retrouver Gaïa...

Vaguement interloqué, le cavalier rougit ( il n'était pas si sûr, quant à lui, d'y parvenir...). Cependant, il ordonna, en remontant sur Onufri :

- Suivez-moi !

Et comme Olwen restait là à le regarder :

- Hé bien ! Qu'attendez-vous ? Montez !

Le jeune homme hésitait toujours...

- Que teniez-vous dans votre main gauche à votre arrivée ?

- Ha ?! Mon ami, c'est la clé !...

Il lui montra l'objet d'un geste bref, comme s'il craignît qu'il eût envie de le lui reprendre.

- Mais... C'est le bracelet que j'ai offert à...

- Oui ! Je vous dis : c'est la clé !... Hâtez-vous, que diable ! Il ne nous reste que trop peu de temps d'ici demain !...

Olwen n'eut que le temps, lui, de penser qu'il en avait un peu assez de tous ces changements intempestifs dans sa vie... Il ressentit une drôle de nausée lorsqu'ils disparurent.

 

 

 

 

14/05/12

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