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10 Oct

VOL DE REVE - Chapitre 12

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Histoire policière

12

 

 

Lorsqu'il ouvrit la porte dérobée du temple d'Amon et de Mout, le vieux prêtre avait pris ses précautions. Il s'assura que son visiteur était bien celui qu'il attendait, puis lui fit suivre un dédale de couloirs ténébreux, derrière l'infime lueur de sa lampe à huile. Baken, sous sa houppelande brune, ne dissimulait pas que son identité. Il cachait également sa frayeur. C'était Nekhbet, celle qu'il aime, qui avait insisté pour qu'il rencontre le vieux prêtre. Il s'en serait bien passé... A présent, il se demandait encore s'il avait bien fait de suivre l'avis de sa maîtresse. La marche lui semblait interminable. Enfin, le vieil homme s'arrêta et lui fit face. Ils se trouvaient dans une sorte de cave au plafond voûté, dont un seul soupirail laissait à peine filtrer l'aube naissante. Néanmoins, le prêtre avait soufflé la mèche de sa lampe. La cave sentait la vase et le fumier d'âne, mélange d'odeurs nauséeux qu'il semblait ignorer, alors que le jeune homme était à la torture.

- Je vous écoute, dit-il. Et sa voix sembla aussi glaciale au jeune garçon que le courant d'air qui lui figeait les chevilles.

Comme Baken ne se décidait pas à parler, le prêtre reprit :

- Hé bien ? C'est tout ?

Et contre toute attente, il rit. Baken se sentait perdu. Il rassembla tout son courage. Il n'en manquait pourtant pas, d'habitude, quand il s'agissait de défendre un camarade sur le chantier, ou quand il devait s'atteler à la tâche jusqu'après le couchant, des jours durant. Mais là, loin de Râ, devant cet homme représentant Amon, il ne retrouvait pas sa langue. L'autre s'agita, signifiant sans doute son impatience. Baken osa :

- Je voudrais vous demander... savoir...enfin ! Pourriez-vous me dire... ?

L'homme attendait tranquillement désormais. Il s'amusait presque à voir ce jeune dauphin s'embrouiller dans un filet de pêcheur... Ce n'était pourtant pas lui qui l'avait tendu. Il se décida à venir à son secours :

- Si je connais la réponse, je te le dirai. Pose ta question.

Baken se râcla la gorge, furieux d'avoir une voix aussi hésitante. Il se lança :

- Voilà ! Dans l'affaire du vol des offrandes de Mout, il paraît que le jeune prêtre a été arrêté. Nenmoutef le détient-il toujours ?

Le vieil homme, pourtant rôdé aux vicissitudes de la vie, fut cependant saisi par ce que venait de dire Baken. Le vol des offrandes de Mout ? D'où savait-il cela ? Depuis le vol, en effet, le temple avait été complètement fermé au public. Et son confrère avait avoué au petit juge que seules, les offrandes de Mout manquaient, que celles d'Amon étaient restées intactes sur l'autel. Mais lorsqu'il avait parlé, c'était en leur seule présence, au juge et à lui-même, et personne d'autre n'avait pu entendre ces paroles ! Comment ce jeune dauphin était-il au courant ? Le prêtre décida de ne pas lui laisser voir qu'il l'avait percé à jour.

- En quoi le sort de mon confrère vous intéresse-t-il ?

- En fait, le juge détient aussi mon ami, Harekheni. Je n'y comprends rien et j'aimerais le faire sortir de là ! Je suis sûr qu'il ne peut avoir commis un crime aussi sacrilège...

- Alors que le jeune prêtre est tout indiqué pour cela, n'est-ce-pas ?

Le vieil homme fixait Baken de son regard de fauve, et Baken se sentit tout jeune dauphin devant un orque affamé... Sa vue se brouilla, son estomac ne résisterait pas longtemps à l'odeur. Il s'approcha du soupirail et tenta d'inhaler un peu de l'air extérieur. Le prêtre observait froidement son manège, un léger sourire en coin, dans la pénombre. Le jeune homme bredouilla :

- Vous savez bien que ce n'est pas ce que j'ai voulu dire...

Et comme le silence hostile de l'autre durait :

- Savez-vous qui a fait le coup ?

De nouveau, le rire désabusé du vieil homme retentit dans le noir, et Baken aurait bien pris ses jambes à son cou, s'il avait su revenir sur ses pas. Il réalisa tout à coup que sa liberté dépendait du bon vouloir de cet orque qui se jouait de lui.

- Pardonnez-moi ! Je me rends bien compte que je me mêle de ce qui ne me regarde pas. Je voudrais retourner à temps au chantier...

Et comme seul, de nouveau, le silence lui répondait, il murmura :

- S'il-vous-plaît !

Le vieux prêtre prit la parole :

- Je vais vous répondre. Du moins, dans la mesure de ce que je sais... Oui, mon jeune confrère est toujours à la disposition du petit juge, mais il a été libéré afin de reprendre son service dans le temple. Cependant, il est au secret. Et puisque nous sommes entre amis, j'ai à mon tour une question à vous poser...

Le jeune homme déglutit difficilement. Le prêtre demanda :

- Qui vous envoie ?

La question affola le jeune dauphin. Il sortit des mots, comme un flot d'eau nauséabonde :

- Qui m'envoie ? Personne ! Personne... Je... suis venu... de mon propre chef...

Le rire du vieux prêtre le pétrifia sur place. Il aurait voulu le tuer, pour faire taire ce rire affreusement puant. Mais il avait besoin que l'homme le ramène à la lumière de Râ.

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adrien 12/10/2009 21:41


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Françoise Heyoan 13/10/2009 06:24


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