Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 Nov

Portrait 5

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Portraits symboliques

 

FRANCIS PONGE – Portrait cubiste

 

Tandis que ses amis Braque et Picasso dissocient les éléments du visage, du buste et des mains pour les mettre à plat, Francis Ponge procède de même avec les choses, objets de son observation scientifique à distance, dont il rend compte avec des mots choisis, comme le chirurgien sélectionne avec soin ses outils. J'aime ce grand pas d'écart avec le larmoiement romantique dont je n'appréciais guère les excès... J'aime ce jeu, cet objeu, cette audace à inventer un nouveau dictionnaire qu'il met au service de la langue française... Il va désormais falloir tenir compte des mots du non-poète !...

 

Langage rime avec Rage ( de l'expression...) mais Ponge s'exprime en proésie sans aucun souci de la rime. J'aime me promener dans ses textes insolites, si puissamment évocateurs, si puissamment poétiques et je savoure son travail de ciseleur des mots et des choses du quotidien dans sa fabrique d'objets d'art... Je partage avec lui, bien modestement, cette objoie qui confère à l'écriture cette profonde jouissance de se sentir à sa juste place, au juste moment, pour offrir à qui veut les lire des mots choisis, beaux fruits de la passion.

 

Rage de vivre pour écrire, rage d'écrire pour avertir qu'on peut observer la langue française sous la lamelle du microscope ou par la magie du grand-angle, et remettre sans cesse le même ouvrage, la même chose, sur la table de laboratoire et la redécouvrir toujours même et cependant différente...

 

Rage de se sentir mal compris dans sa démarche poétique, même par ses amis, même par les existentialistes, même par ses éditeurs... Étranges obstacles à la publication de ses œuvres qui le contraignent à la patience, et qui augmentent, sans aucun doute, sa rage d'écrire, son besoin impérieux de communiquer au monde le message avant qu'il ne soit trop tard...

 

En quelque sorte, fils spirituel de Platon et de Lautréamont, mais radicalement matérialiste, y compris dans sa démarche poétique qu'il juge uniquement scientifique – [il] ne [se veut] pas poète.

Il refuse toute idée de se référer à quelque muse que ce soit...

Il refuse l'écriture automatique des surréalistes.

Il refuse l'idée d'inspiration mais il adopte La Fontaine et Malherbe comme modèles, pour l'exactitude et la rigueur de leur langue... Lui le rouge, pensent ses amis, comment peut-il justifier pareil engouement pour un Malherbe, poète courtisan s'il en fut ?... Qu'importe ! Seule sa démarche linguistique compte aux yeux de ce chercheur en langue poétique.

 

Je crois que mon impression personnelle déplairait fort à M. Ponge, malgré mon admiration pour l'orfèvrerie de ses textes... Je pense justement que leur puissance évocatrice, issue de leur fignolage dans sa forge artisanale créative, et la puissance de son art, tout simplement, ainsi que sa portée en poésie contemporaine dépassent de loin son humble personne et relèvent bel et bien d'une inspiration spirituelle qui l'a guidé tout au long de son chemin, pour notre plus grand plaisir. Merci à vous, Monsieur Ponge, pour le plaisir de vous lire, pour votre héritage bénéfique aux générations futures prêtes à écrire...C'est peut-être elles qui vous permettent de réaliser l'aspiration principale de votre œuvre : qu'elle soit infinie, à jamais inachevée, grâce aux apports successifs de celles et ceux qui ont l'heur, comme vous, de jongler avec les mots pour tenter de leur donner un tour nouveau...

 

12/11/10

Commenter cet article

Archives

À propos

Mes contes, mes poèmes, mes calligraphies, mes dessins, mes peintures ( aquarelle, encre de Chine...), aïkido...