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20 Feb

Communiquer ?

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Textes à méditer

 

 

 

Je vous livre pêle-mêle quelques réflexions sur la communication...

 

Je pense avoir appris dès ma conception et tout au long de ma vie chez mes parents, jusqu'à mon départ, les règles d'une communication pathologique, voire absente.

 

En famille, la communication était fondée sur l'amour, certes... Mais aussi sur la peur, très souvent, et la colère, encore plus souvent. Il s'agissait en fait d'un va-et-vient permanent entre ces deux émotions prédominantes, et lorsque les deux étaient absentes, l'amour pouvait prendre la place, mais le plus souvent, aucune communication n'était possible. Une autre variante cependant : les ordres et les reproches des adultes envers les enfants.

 

Si l'on s'en tient à la définition tirée de Tite-Live, manière d'être ensemble, on peut à la rigueur considérer que nous étions ensemble, dans la même habitation. Cependant, le latin classique communicatio, d'où est tiré notre terme actuel, signifie déjà mise en commun, échange de propos, action de faire part. S'il y eut échange de propos, je n'ai pas souvenir que j'y aie été mêlée, à quelque moment que ce fût... Mise en commun, jamais, au grand jamais ! Qu'auraient bien pu apprendre mes parents de moi ? Même entre sœurs, il n'y eut presque pas d'échanges de propos, et encore moins de mise en commun... Il est vrai que nous avions un très grand écart d'âge. Action de faire part, elle allait toujours dans le même sens. Les parents imposaient aux enfants leurs décisions, leurs ordres, la plupart du temps sans aucune explication, même si un choix nous concernait.

 

Mes parents avaient certes envie de nous faire plaisir et de nous donner toutes les chances dans la vie. Ils se sont ainsi aperçu que j'aimais les langues étrangères, au collège. Dès la première année, et toutes les années suivantes, ils m'ont offert un superbe voyage à Londres, de quinze jours, pendant les vacances de Pâques, par le biais d'un organisme. Nous étions reçus dans des familles anglaises avec lesquelles nous passions le week-end de Pâques. J'ai d'excellents souvenirs de ces séjours, même si tout n'était pas simple pour une toute jeune-fille qui n'avait encore jamais quitté ses parents et qui ne baragouinait que quelques mots la première année !

 

Je ne l'ai jamais regretté, au contraire ! Cependant, tout s'est décidé sans moi. J'ai juste été mise devant le fait accompli, et eu pour toute explication que ça m'aiderait dans mon apprentissage des langues. Comme mes parents partaient eux-mêmes en vacances, ils me confiaient à une famille amie qui avait la charge de m'amener à la gare du Nord... Je me sentais un peu abandonnée, même si j'appréciais beaucoup cette famille. La dernière année, en troisième, déjà en pension dans la famille amie qui devait me confier à l'organisation pour Londres, j'eus tout à coup un tel blues que je n'eus plus aucune envie de partir... Je fis tout ce que je pus pour les faire plier, leur expliquer que j'en avais assez, que ça faisait déjà trois ans que j'allais en Angleterre, que c'était très bien mais que cette fois, j'étais fatiguée et je n'avais vraiment aucun courage pour le faire... Ils ont parfaitement compris ma détresse mais n'ont même pas pu téléphoner à mes parents pour tenter de leur expliquer la situation. Ils m'ont mise au train la mort dans l'âme, et je suis partie, la mort dans l'âme de ne même pas pouvoir communiquer avec mes parents pour leur dire ce que je ressentais. Je pense que la famille amie a certainement eu tort de ne même pas essayer de me permettre de parler à mes parents par téléphone, mais connaissant mes parents justement, ils ont jugé ce dialogue impensable ! J'y suis donc allée et ai fait croire au retour que j'avais été contente du voyage. Bien sûr, je m'y suis faite, et j'ai vécu de très bonnes choses cette année-là aussi, mais je n'avais pas le droit de me fier à mon propre ressenti, et encore moins de leur en parler... J'ai certainement appris que l'on peut vivre de bonnes choses même quand on n'est pas franchement partant pour un projet... C'est une compensation, mais je n'ai pas appris à améliorer ma façon de communiquer en famille !...

J'ai même décidé, vers l'âge de 14 ans, ou plus tôt ? - de ne plus rien dire en famille concernant mes sentiments ou mes émotions, tellement j'en avais assez qu'ils ne les prennent pas en compte, qu'ils les ignorent, qu'ils m'en tiennent rigueur, ou qu'ils se moquent de moi quand je donnais mon opinion. Et j'ai tenu parole... C'est étonnant d'écrire ces mots alors que je venais de me prêter serment à moi-même de faire silence !...

 

Je pense que les serments de ce genre sont de véritables prisons, et j'ai dû longtemps ramer à contre-courant ensuite pour conjurer le sort que je m'étais jeté à moi-même, quand j'ai voulu fonder une nouvelle famille. Il n'empêche que ce n'est qu'au terme de longues années, et alors que mes enfants sont grands adolescents ou jeunes adultes, que je mesure à quel point j'ai désappris à communiquer dans ma première famille.

 

Il a d'abord fallu que je fasse avec mes accès de colère qui m'effrayaient moi-même... que je compose avec toutes les peurs qui m'assaillaient dès que je cherchais à parler à mon mari ou mes enfants, peurs qui engendraient force recommandations, reproches... Je n'avais pas vu que je ne cherchais que dans certaines circonstances à dialoguer – comme mes parents, lors d'une promenade notamment ! Du coup, à la maison, j'étais assez muette et cherchais peu le contact. Je viens de le découvrir... Il n'est jamais trop tard pour apprendre, n'est-ce-pas ? En fait, il me semble que je fuis le contact car lorsque mes parents entraient en communication avec nous, c'était pour nous laisser pantelants, exsangues, sans énergie, voire sans vie... tant la lutte avait été dure et inégale... Si communiquer aboutissait à ça, mieux valait s'en préserver !

 

Aujourd'hui, je sais que je veux aimer la communication avec mes enfants, avec mon prochain amour, et que je suis capable de quitter la communication-catastrophe telle que me l'ont léguée, sans doute malgré eux, mes parents.

 

Je sais aussi que lorsque j'éprouve de la colère, elle peut très bien être justifiée. Mais dans ce cas, je prends la précaution d'écrire à qui j'en veux et pourquoi sur une feuille de papier, et je rédige ensuite la réponse que j'apporte à la personne qui a provoqué ma colère. Cela me permet de me positionner et de savoir où je vais et ce que je veux. Je n'envoie pas ces lettres, il peut m'arriver d'en rédiger une autre que j'envoie ou donne en main propre, celle-là, mais après la réflexion précédente. Les premières feuilles, je les détruis. C'est un acte symbolique lié au fait que je ne garde pas de rancune envers la personne qui a provoqué ma colère. Si je dois reprendre un contact verbal avec cette personne, ma réflexion aura mûri et je saurai me positionner d'emblée, sans me laisser perturber. Parfois, il faut plusieurs semaines, ou plusieurs mois, où je me laisse maltraiter par cette personne sans pouvoir m'en protéger, mais je sais que je ne perds rien pour attendre, que peu à peu, ma défense prend forme, et quand je suis prête, cette personne ne peut plus m'atteindre autant, et je peux même parvenir à me retrouver face à elle sans lui servir de bouc-émissaire. Je n'apprécie jamais le rôle de victime, mais je ne veux pas non plus prendre celui de bourreau. A la personne de savoir se tenir. Quand j'ai trouvé comment parer ses coups, elle n'a qu'à se chercher une nouvelle proie !...

 

Je crois qu'aimer communiquer, c'est communiquer de manière à améliorer l'amour qu'on éprouve pour la personne avec laquelle on communique, au moins en famille, sans doute entre amis aussi mais c'est moins dur, et pourquoi pas au travail ? Si on considère l'amour spirituel, celui d'être lié par une même condition, la condition humaine...

 

Dans ma famille, j'ai peut-être appris aussi la communication-manipulation, je ne sais pas. En tout cas, je déteste ça. J'estime que la manipulation n'est en rien communication. J'ai toujours eu du mal à gérer la mauvaise foi des gens en face de moi. Ça me touche, je ne sais pas comment faire pour m'en protéger, mais j'ai de moins en moins affaire à ce genre de personnes, ça veut peut-être dire que je n'ai plus besoin d'apprendre à m'en protéger ?... Je ne sais pas !

Il existe des tonnes de façons de manipuler quelqu'un, souvent quand la personne en face est de bonne foi et qu'elle a confiance. Le manipulateur, ou la manipulatrice, n'éprouve aucun scrupule à exercer son art sur la cible qu'il ou elle s'est choisie. Je dirais même qu'il ou elle éprouve carrément du plaisir et du mépris à la dominer aussi facilement... Mais n'est pas toujours manipulateur celui ou celle qu'on croit. Celui qui se plaint d'être toujours la victime ou toujours le dominé n'exerce-t-il pas une forme de manipulation sur son interlocuteur ? J'ai déjà malheureusement rencontré de nombreuses formes de manipulation, comme laisser croire à l'autre une chose erronée sans le détromper ; asséner de fausses vérités ; analyser les propos de la personne en sa présence avec une tierce personne, de manière méprisante et hautaine, de préférence ; attendre de l'autre qu'il comprenne ce qui se passe dans sa propre tête, comme si l'autre était télépathe ; diverses provocations qui laissent l'autre pantois et muet de surprise et comme KO ; prendre des décisions en solitaire quand on est en couple et que les décisions entraînent des changements importants pour le couple ; se moquer de quelqu'un en entraînant les rieurs de son côté ; ne jamais donner de réponse à une demande pourtant claire ; parler d'une personne en sa présence à quelqu'un d'autre comme si la personne n'était pas là... La liste est loin d'être close.

 

La manipulation a toujours comme caractéristique d'avancer masquée. On ne pourrait jamais reprocher quoi que ce fût au manipulateur, tant il paraît dans son bon droit... Il n'empêche que je me refuse à agir ainsi, depuis très longtemps, et que je me refuse à être traitée ainsi... Puis-je me permettre de remercier tous les manipulateurs que j'ai pu rencontrer au cours de mon existence pour m'avoir appris à repérer leur tactique – le plus souvent très intuitive, ils sont pleins de talents ! - à détester leurs tactiques, à les repérer, même après coup, à m'en protéger au fil des années ?... Il va sans dire que ces manipulateurs ne sont pas des gangsters, des bandits et encore moins des racailles, mais les gens que je croise dans ma vie quotidienne et qui me sont parfois très proches !... On ne peut pas dire non plus qu'ils soient exclusivement des manipulateurs, bien entendu, ils ne le sont qu'à leurs heures... Ce n'est pas le cas dans le domaine du travail où là, les manipulateurs peuvent être quasiment professionnels !... Il n'en est pas moins vrai qu'ils nous apprennent beaucoup de choses sur eux, et sur nous-mêmes... Merci à tous, sans exception !

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