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30 Jan

La Voix du Corps - 1

Publié par Françoise Heyoan  - Catégories :  #Nouvelles

I. LE MESSAGER

 

 

 

Aven pouvait avoir treize ans. D'aussi loin qu'il se souvenait, il avait toujours été obèse. Les photos de son enfance le désignaient déjà comme une sorte de monstruosité. Il n'aimait pas, bien sûr, se mettre en short. Non pas, comme la plupart des personnes un peu fortes, par peur de se montrer. Mais parce que, depuis la naissance, il portait à l'extérieur des deux chevilles une sorte de protubérance graisseuse. Il était déjà disgracieux, c'était suffisant comme originalité, à son goût. Manque de chance, il était affublé de ces petits amas de graisse mal placés, et en concevait encore plus de gêne et de honte.

Sa mère n'avait pas répondu à ses questions. Son père non plus. Devant son insistance, ils l'avaient emmené consulter un médecin. Celui-ci avait ouvert de grands yeux : Je n'ai jamais vu ça !... Il avait demandé une radiographie, mais curieusement, toutes les radiographies du monde n'avaient pu permettre de voir ce qui se cachait à l'intérieur de ces sortes de poches retournées... Elles restaient floues, blanchâtres et cependant pas tout à fait, illisibles en somme ! En désespoir de cause, les parents et leur fils avaient adopté l'idée qu'il s'agissait de poches de graisse. Il en était déjà tellement pourvu, de graisse, qu'un peu plus ou un peu moins...

 

A l'école, Aven était joyeux, espiègle et bon camarade. Mais il supportait difficilement les moqueries sur son poids. Il avait fait en sorte de devenir tellement serviable, drôle et amical qu'il avait pratiquement réussi à éradiquer toutes les plaisanteries à ce sujet. Il souffrait en silence. De deux choses : les dents. Les genoux. Parfois, il se sentait un peu lourd, après la digestion, aussi.

 

Un jour que Izold, sa meilleure amie, attendait au comptoir de l'épicière pour payer une bouteille d'huile et six oeufs, elle vit avec appréhension Aven approcher de la boutique. Elle connaissait le scénario d'avance. La commerçante, qui l'aimait bien et se désolait pour lui, l'apostrophait dès qu'il passait le seuil, sans plus s'occuper des autres clients :

  • Alors, Aven ! Tu viens faire les courses, aujourd'hui ?

  • Non ! Je voudrais des bonbons...

  • Encore ! Mais tu en as déjà acheté plein, hier ! Où sont-ils ?

  • Je les ai mangés !

  • Déjà ? Tu en as distribué à tes copains, alors ?...

Et elle se tournait vers Izold :

  • Tu en as eu ?

Izold secouait la tête. Elle ne lui en voulait pas, à Aven, de tout garder pour lui. Mais elle comprenait, elle aussi, qu'il se faisait du mal.

  • Et qui te donne tout cet argent ? poursuivait l'épicière.

  • C'est maman !

  • Maman te donne de l'argent pour acheter des bonbons ?

Il ne répondait même pas. Tout le monde savait, au village, qu'elle était incapable de résister à un caprice de son fils. Ce jour-là, le scénario changea un peu. En effet, un couple de touristes assistait à la scène. La femme, intriguée, demanda :

  • Est-ce qu'il n'a pas le droit de manger des bonbons ?

  • Mais si ! répliqua l'épicière, en soupirant... Mais regardez-le !

Pendant l'explication à son sujet, Aven semblait être absent. Il attendait que ça passe, absent, semblait-il, de son enveloppe corporelle. La commerçante enchaînait :

  • S'il n'y avait que ça ! Mais il souffre des dents affreusement ! Hein ! Fais donc voir comme tu souris...

L'enfant, gentil et voulant faire plaisir, se fendit d'un grand sourire qui révéla toutes ses jeunes dents gâtées... Le couple de touristes était médusé. La femme risqua encore, parlant toujours de lui comme s'il n'était pas là :

  • Mais...il souffre des dents, et il mange encore des bonbons ?

  • Mais oui ! Il est incapable de s'en empêcher... Il aime tellement ça !

Personne ne dit plus rien. L'épicière empocha l'argent de Izold qui sortit en faisant signe au jeune garçon. Ce signe voulait dire : Je t'attends dehors. Le couple de touristes suivit peu après. Et Aven eut ses bonbons, qu'il enfourna aussitôt qu'il les eût en main. Il n'en proposa pas un à Izold, qui ne lui en réclama pas. Elle se demandait plutôt comment l'empêcher de continuer à se faire souffrir ainsi. Mais elle n'était pas très douée pour elle-même non plus, alors elle se dit que ce n'était pas elle qui allait pouvoir le conseiller. Elle partit en sautillant d'un pied sur l'autre sur les grandes dalles du trottoir, et en riant, incita Aven à en faire autant. Il se contenta de lever... les sourcils et de continuer à mâchonner.

 

Le lendemain, Aven ne vint pas au collège. Ni le surlendemain. Izold, inquiète, se décida à passer chez lui pour lui apporter ses devoirs, et prendre de ses nouvelles. Sa mère, madame Dinan, la reçut en la laissant à la porte. Izold faisait mine de vouloir entrer, mais chaque fois, la femme repoussait ses timides tentatives.

  • Aven est contagieux ? finit par s'inquiéter Izold.

Madame Dinan fronça les sourcils, et brusquement :

  • On n'en sait rien ! lâcha-t-elle, sur la défensive.

  • Ha ? Qu'est-ce qu'il a ?

Elle allait servir la même réponse, lorsque Aven apparut au bout du couloir. Elle ne put refermer la porte à temps. Izold avait vu.

  • Mais... Qu'est-ce qu'il a ? Qu'est-ce que tu as ? s'enquit-elle en s'engouffrant presque de force dans l'entrée.

Elle ne pouvait que le regarder. Il faillit se fâcher, puis il se dit que c'était sa meilleure amie, et qu'il avait besoin d'elle. Il lui fit signe de le suivre dans sa chambre. Izold ne fit pas attention aux protestations de madame Dinan et obéit au garçon.

 

Elle fut encore plus ébahie par l'état de la chambre de son ami que par son apparence physique. C'était bien simple : lui, il était devenu multicolore... Une oreille rouge, l'autre jaune, une partie du visage violette, une autre rose et la troisième bleu ciel, le cou marron, la nuque noire, une partie de la main droite turquoise et l'autre bleu marine, l'autre main était tricolore et ainsi de suite... Quant à ses dents, elles avaient chacune une couleur différente ! Izold se retint de rire...

  • Tu t'es peint comme les Indiens ? demanda-t-elle à tout hasard...

  • Très drôle ! C'est naturel, figure-toi !...

  • Nat...

Elle pâlit... Ce qu'il affirmait était impensable. Elle avait bien envie de se lécher le bout du doigt et de frotter la peau de son ami pour voir si l'encre partait, mais elle n'osa pas. Elle s'autorisa un cri d'admiration pour la chambre. Du sol au plafond, jusque sur les murs et les meubles, des scènes semblaient peintes et des phrases écrites, dans un langage incompréhensible.

  • Qu'est-ce que c'est ? souffla-t-elle.

- Au début, j'y comprenais rien... répondit Aven.

  • Ah ? Parce que maintenant, tu y comprends quelque chose à ce charabia ? En tout cas, c'est très beau...

Elle s'approcha d'une scène qu'elle n'avait pas encore remarquée : on aurait dit un accident... Un accident... d'ascenseur ! Elle se tourna vers lui, le regard interrogateur.

  • Et alors, qu'est-ce que tu comprends ?

  • Ben... Je crois que c'est mes rêves.

  • Pas possible !

  • Si, j't'assure... Le matin quand je me lève, c'est pas les mêmes tableaux, sur les murs ou le plafond ou... Enfin bref ! C'est pas les mêmes...

  • Génial ! Alors, comment tu fais ? Je veux dire, tu les peins toi-même ?

  • Mais non ! Ça se fait tout seul...

Izold marqua un temps d'arrêt, même dans sa respiration. Elle n'était pas bien sûre de ne pas être elle-même en train de vivre un rêve...

  • Pince-moi !

  • C'est pas la peine... Enfin, si tu y tiens !

Elle se retint de le frapper, il lui avait fait mal ! Mais il était toujours chamarré, et sa chambre peinturlurée...

  • Il faut qu'on parle ! lui intima-t-elle.

 

 

Pendant des semaines, Aven ne vint plus au collège. Il recevait des cours par correspondance, ne sortait plus dans la rue, n'allait plus dans les magasins, même plus chez l'épicière pour les bonbons, ne se baladait plus dans le parc – enfin, ça, ça ne le gênait pas trop - n'allait plus au cinéma, au restaurant – ça, ça le gênait beaucoup ! - n'allait plus voir Izold, cependant elle, elle continuait à lui rendre visite. Elle était la seule qui eût ce privilège... Mais cela commençait à lui peser, car Aven devenait de moins en moins drôle. Même le médecin se déplaçait jusque chez lui, et la psychologue, madame Cloudegirofle. Celle-là, il ne pouvait plus la voir en peinture, c'était le cas de le dire ! D'ailleurs, ses parents commençaient aussi à en avoir par-dessus la tête ! Elle sous-entendait un tas de trucs bizarres, voire offensants, qui ne leur plaisaient pas du tout... Bref ! Aven vivait un enfer, en silence. Et il devenait de plus en plus silencieux, à mesure que le poids de son malheur l'écrasait.

  • T'as jamais pensé à faire un régime ? lui suggéra Izold cet après-midi-là.

Il la regarda de travers, mais ne dit rien. Bien sûr, qu'il en avait déjà fait, des régimes ! Des tas ! Et même des cures pendant les vacances ! Résultat : rien ! Pire, même, au retour... Il reprenait chaque fois plus de kilos qu'il en avait perdus... Mais à quoi bon lui expliquer ?... Elle ne comprendrait pas.

  • Et le psy ? Si t'allais voir un psy...

De nouveau, Aven lui lança une oeillade qui la fit taire. Comment l'aider, s'il ne lui décrochait plus un mot ? Soudain, elle eut une idée lumineuse :

  • T'as jamais essayé de tenter de petites expériences ?

Elle avait allumé une étincelle de vie dans le regard de son ami. Elle se crut autorisée à poursuivre :

  • Oui, quoi ! Par exemple, si tu essayais quelque chose pour... je sais pas, moi ! Ta santé, tiens ! Ou pour te faire plaisir, tout simplement ?

Aven sourit soudain. Se faire plaisir ? Ça, ça lui parlait ! Voyons, qu'est-ce qui lui ferait plaisir ?

  • Je vais voir s'il y a des pains au chocolat dans le placard de la cuisine !

Il était déjà dans le couloir quand la voix de Izold retentit :

  • Non ! Non ! C'est pas ce que je voulais dire !

  • Ha bon ? Ben quoi, alors ?

  • Te faire plaisir, autrement qu'en mangeant...

Devant l'air perplexe du garçon, Izold tenta de développer :

  • Je sais pas... Tu pourrais... avoir envie de... d'aller au cinéma !

Il soupira en se rasseyant lourdement sur son lit qui s'incurva dangereusement vers le plancher.

  • C'est une mauvaise idée ! Attends, y en a plein d'autres !

Devant l'air bovin de son ami, elle s'énerva :

  • Fais un effort ! Cherche, toi aussi ! Après tout, c'est à toi que ça doit faire plaisir, pas à moi !...

Ils finirent l'après-midi, à court d'idées, déçus, à plat, le moral dans les soquettes, voire même plus bas que terre.

 

  • Ce n'est pas une mauvaise idée, ce que t'a proposé ton amie...

La psychologue l'avait tellement travaillé qu'il avait fini par lui céder un bout de lard... Une parole, quoi ! Maintenant qu'elle en tenait un morceau, elle n'allait plus le lâcher. Il soupira affreusement.

  • Réfléchis ! Dans ta semaine, note tout ce qui te paraît important dans la vie, ce qui fait que tu es toi et pas quelqu'un d'autre, et on en reparle la prochaine fois !

C'était décidé, il n'avait même pas son mot à dire. De toute façon, il préférait se taire depuis longtemps...

 

Quand madame Cloudegirofle, la psychologue, revint, la semaine suivante, il n'avait rien noté. Elle se fâcha toute rouge, et cela le fit rire... Il rit, mais il rit, comme il n'avait pas ri depuis qu'il ne voyait plus ses amis au collège ! La praticienne, interloquée, se demandait comment elle devait prendre sa réaction quand quelque chose l'intrigua. Elle le fixait maintenant comme si sa vie en dépendait.

  • Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il ? Vous voulez ma photo ? Et il repartit dans un éclat de rire irrépressible.

  • Tiens ! Regarde ! dit-elle en lui tendant un miroir de poche.

  • Que je regarde quoi ? Comme je suis beau ? J'ai changé de couleur, c'est ça, de rouge ou vert, je suis passé à l'indigo ? Sur le nez ? Sur le front ou le menton ?...

Sans le vouloir, il aperçut une partie de son visage, elle était revenue à sa couleur chair naturelle. Il jeta rapidement un coup d'oeil à ses mains et fut déçu. Elles étaient toujours multicolores.

  • Ce n'est pas grave ! insista la psychologue. C'est un bon début !

  • Mais qu'est-ce que j'ai fait, pour que ça marche ?

La psychologue aurait bien été dans l'embarras de le dire ! Elle-même n'en savait fichtrement rien !... Elle en était réduite aux pures suppositions.

  • Je ne sais pas, moi ! Tu as ri... Tu as peut-être besoin de rire plus souvent ?

Et si c'était vrai ? Il arracha le miroir des mains de la femme et s'observa minutieusement. Il avait encore le cou coloré et les oreilles, mais toute la face était redevenue normale... Quel soulagement ! Maintenant, il allait tenter d'autres expériences et surtout, surtout, il avait une envie folle de joindre Izold pour la remercier ! Car, finalement, elle avait bien eu raison, c'était une bonne idée de tenter des expériences !

 

Il aurait aimé depuis longtemps passer des vacances en Corse, mais ses parents, qui aimaient se rendre dans la maison familiale en Bretagne, n'auraient jamais envisagé de partir ailleurs. Ce soir-là, à table, la conversation tournait autour de l'organisation des prochaines vacances, justement.

Quand Aven était sorti de sa chambre pour dire au revoir à madame Cloudegirofle, madame Dinan n'en avait pas cru ses yeux ! Non seulement, son fils avait pris la peine de raccompagner cette femme qu'il détestait si fort, mais il n'avait plus le visage d'un Sioux sur le pied de guerre !... Elle en avait sauté au cou de la psychologue qui ne savait plus où donner de la tête avec cette famille de fous. Madame Cloudegirofle partit bien vite, perplexe tout de même, laissant la mère et le fils tout à leur joie. Le père fut lui aussi heureux de voir son fils avec une meilleure tête en rentrant le soir. Ils fêtèrent cela autour d'un bon repas : oeufs-mayonnaise-frites-côtelettes-fromage-banana-split. Et pour trinquer, des boissons sucrées pétillantes !

La couleur chair du visage d'Aven s'assombrissait du côté du verdâtre et les parents prirent peur qu'il ne recommence !

  • Aven, qu'est-ce qui te ferait plaisir, là, tout de suite ? demanda précipitamment madame Dinan.

Rien qu'à entendre la question, Aven se sentit nauséeux et répondit d'un filet de voix incertain :

  • Plus rien, maman, s'il-te-plaît ! Ne me propose plus rien, sinon je vais vomir...

Madame Dinan regarda son mari :

  • Ce n'est pas ce que je voulais dire, voyons ! Hein, Jacques ?

Monsieur Dinan ne comprenait pas. Bien sûr que c'était ce qu'elle voulait dire, il prendrait bien un petit carré de chocolat, lui, d'ailleurs !

  • Tu ne nous sortirais pas une tablette de chocolat, chér...

Il s'arrêta net. Il comprit que quelque chose n'allait pas quand il se rendit compte que son fils et sa femme le scrutaient tous deux d'un air mauvais. Madame Dinan, se détournant de son mari, reprit alors la parole :

  • Je voulais dire... Qu'est-ce qui te ferait vraiment plaisir, là, tout de suite, mais aussi...dans ta vie ?

Jamais on ne lui avait posé pareille question. Aven sourit et réfléchit avec un air béat. Mais aucun son ne sortait de sa bouche.

  • Ça a l'air de te plaire, intervint son père, mais nous aimerions savoir de quoi il s'agit...

  • Oh ! Rien... dit le garçon. Et aussitôt, il reprit des couleurs...différentes sur tout le visage.

  • C'est malin ! Regarde ce que tu as fait ! hurla soudain madame Dinan à son mari.

  • Comment ! Ce que j'ai fait ! rétorqua monsieur Dinan à sa femme. Parce que c'est moi le responsable, bien sûr ! Et pourquoi tu t'adresserais pas directement à ton fils, dans cette histoire ! Après tout, QUI est responsable, hein ? A part lui ? Qu'est-ce que t'as encore fait, Aven ?

Le garçon se sentait au bord des larmes, mais aussi de la crise de foie. Il se leva péniblement et disparut aussi vite qu'il put dans les toilettes. La mère adressa à son mari un regard furibond avant de rejoindre son fils en détresse. Le mari le lui rendit bien, alluma le poste de télévision et se concentra sur la publicité qui jaillit à l'écran.

 

 

Quand Izold lui apporta ses devoirs le lendemain, elle trouva Aven couché, avec de drôles de couleurs sur la figure... Elle n'osa pas lui dire :

  • Tiens ! Tu as changé de couleurs ?...

et se contenta de lui faire la bise, ce qu'il refusa. Elle se demanda si ça risquait de déteindre sur elle... à tout hasard.

  • Tu veux pas me dire bonjour ?

  • C'est pas ça !

  • C'est quoi, alors ?

Elle commençait à en avoir assez des problèmes d'Aven, mais elle savait bien qu'il ne pouvait compter que sur elle. Elle se força à se calmer. En fait, ce qu'il lui racontait l'intéressait. Il lui expliqua le fou-rire face à la psychologue, son retour à une couleur normale, du moins, en partie, la fête le soir avec ses parents qui s'était terminée en abominable catastrophe. Et en plus, il était malade !... Il en oublia de la remercier pour sa bonne idée sur les expérimentations qui pouvaient le ramener à une couleur normale... Il était déjà redevenu anormal ! Et il lui en voulait presque...

  • C'est ton père qui a raison ! trancha Izold.

Aven ne comprit rien à cet argument qui n'en était pas un, mais ne le dit pas.

Izold sortit les devoirs et se mit à les lui commenter. Il n'avait pas la tête à ça mais ne le dit pas non plus. Puis elle s'en alla rapidement. Laissant Aven en plein désarroi intérieur.

 

Quand Izold arriva à la maison, elle n'était pas à prendre avec des pincettes.

  • Bonjour, mon coeur ! lui dit sa mère, madame Maelis.

Izold fonça tête baissée dans sa chambre, mais elle se sentit accrochée par son vêtement. Sa mère la retenait :

  • Qu'est-ce qui se passe, Izold ? Quelque chose ne va pas ?

Izold faillit se dégager avec rage, mais elle s'effondra en larmes. Elle se retrouva bercée dans les bras de sa mère qui attendit que son gros chagrin se calme un peu. Alors, sa fille parla pêle-mêle de son copain Aven, de ses bêtises à force de trop manger de bonbons, qu'il n'avait plus une seule dent de bonne, et qu'il clopinait et ne pouvait même plus courir tellement il avait mal aux genoux et aux chevilles, de la psychologue en colère qui avait fait rire Aven, et ça l'avait fait changer de couleur, et ça, c'était super sauf que maintenant, tout était redevenu comme avant, enfin, pas le tout premier avant, mais le deuxième...et qu'il faisait tout, de toute façon, pour se rendre malade, sans même s'en apercevoir, et que le père d'Aven avait bien raison !

Madame Maelis ne comprit pas grand-chose au discours de sa fille, entrecoupé de larmes, mais cela lui suffit pour se rendre compte qu'elle se faisait du souci pour son ami, et que ça la minait. Elle lui proposa de sécher ses larmes, de prendre un bon bain chaud pour se détendre pendant qu'elle lui préparait un petit goûter, et de réfléchir avec elle à la situation d'Aven ensuite. Cela parut convenir à Izold qui lui adressa un timide sourire au milieu de sa mèche toute mouillée.

Le lendemain, madame Dinan ouvrit à un coup de sonnette qu'elle n'attendait pas. Une femme, emmitouflée dans une large écharpe malgré cette belle journée de juin s'engouffra vite fait dans la maison, la bousculant presque. La mère d'Aven cria, prête à rabrouer l'intruse et à la remettre dehors lorsque celle-ci défit le noeud de son fichu et lui révéla son identité. Madame Cloudegirofle se tenait devant elle. Ce n'est pas aujourd'hui qu'Aven a rendez-vous avec la psychologue, se dit madame Dinan. Elle n'y comprenait plus rien ! Que fait-elle avec une écharpe de laine par cette chaleur ? Pas étonnant qu'elle soit toute rouge ! Manquerait plus qu'elle me fasse un malaise ici, pensa-t-elle encore.

  • Oui ?... commença madame Dinan.

La psychologue n'attendit pas plus longtemps.

  • Il faut absolument que je voie votre fils !

  • Mais, ce n'est pas son jour de...

  • Je sais ! coupa madame Cloudegirofle. C'est pour une urgence, voyez-vous !

  • Ha bon ? C'est grave ? s'informa madame Dinan, gagnée peu à peu par la fébrilité de la psychologue.

  • Assez, oui !

Madame Dinan lui dit alors qu'il était hors de question qu'elle voie son fils avant de tout lui révéler à elle-même, qui était quand même sa mère, et qu'on pouvait tout lui dire, si son fils était en danger, c'était quand même normal qu'elle soit avertie avant lui et...

Madame Cloudegirofle l'interrompit dès qu'elle put en placer une :

  • Il ne s'agit pas de lui, mais de moi !

  • De vous ?!! Vous êtes malade ?

  • Ça ne se voit pas ? demanda d'un ton sec madame Cloudegirofle.

 

 

Sur le chemin qui la menait chez Aven, Izold répétait ce qu'elle avait à lui dire pour se donner du courage. Elle sonna et dut attendre un petit moment avant que quelqu'un se décide à venir lui ouvrir. Quand madame Dinan vit que c'était elle, elle hésita, comme si elle allait lui fermer la porte au nez, puis, obéissant à une idée impromptue, se ravisa et l'autorisa à entrer.

  • Il y a déjà quelqu'un ! lança-t-elle ironiquement.

Izold se retourna :

  • Je peux y aller quand même ?

  • Pourquoi pas ? Plus on est de fous, plus on rit !...

Elle se félicita intérieurement de sa trouvaille qu'elle estimait spirituelle, mais quand elle s'aperçut qu'elle avait mis son fils au compte des fous, elle se réprimanda vertement toute seule. Cependant, Izold écouta prudemment à la porte de la chambre d'Aven pour tenter de savoir si elle serait ou non la bienvenue quand elle faillit recevoir le montant dans la figure... Aven se cogna à elle et elle serait tombée s'il n'avait eu le réflexe de la cueillir du bout de ses doigts puissants.

  • Tu m'as fait peur ! dirent-ils en même temps, et ils se pincèrent parce qu'ils avaient dit la même chose en même temps et éclatèrent de rire.

Le rire d'Izold mourut dans sa gorge alors qu'elle voyait sous ses yeux la transformation de son ami s'opérer... Les vilaines couleurs malades laissaient place, peu à peu, à sa couleur de peau naturelle, sur son visage et même son cou ! Elle lui attrapa la main qu'elle venait de pincer et remarqua aussi que celle-ci était redevenue normale...

Ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre. Cependant, madame Cloudegirofle pleurait dans son coin. Aven fit signe à Izold d'entrer et lui montra le désastre. En fait, la psychologue avait pris une teinte cramoisie, proche de la couleur des clous de girofle, en effet. Izold, compatissante, lui mit un bras autour des épaules et lui parla comme une mère parle à son enfant pour le rassurer :

  • Qu'est-ce qui ne va pas, madame ?

Elle n'eut pour toute réponse que des sanglots qui frôlaient l'hystérie. Effrayée, la petite se tourna vers son ami, qui haussa les épaules. Il entreprit de lui expliquer :

  • Elle croit que je peux l'aider, parce qu'elle est devenue rouge de colère l'autre fois à cause de moi, et qu'elle m'a vu redevenir normal en face d'elle...

  • J'ai pas tout compris, murmura Izold, mais pour toi, je crois que j'ai compris des trucs. Tu veux que je t'en parle ?

  • Ben ouais ! Bien sûr ! Et peut-être que ça l'aidera aussi, elle ! fit-il en désignant madame Cloudegirofle du menton, qu'il avait bien couleur chair, maintenant.

  • Je sais pas, on verra bien !

Elle commença par lui rappeler que c'était son père qui était dans le vrai.

  • On le saura ! grommela Aven en levant les yeux au ciel...

  • Oui, continua Izold. Comment veux-tu être heureux si tu ne dis pas ce qui te ferait plaisir ?

  • A quoi ça servirait ? De toute façon, ils s'en fichent, alors !

  • Qui !

  • Mes parents !

  • De quoi ?

  • De... ce que j'ai envie d'aller passer des vacances en Corse, voilà de quoi ils se fichent !

  • Tu le leur as déjà dit ?

Aven réfléchit sérieusement.

  • Ben non... J'crois pas...

La petite appela madame Dinan. Quand celle-ci entra dans la chambre, elle jeta un coup d'oeil circulaire autour d'elle. La psychologue était toujours prostrée dans son coin, cramoisie un peu moins sombre, peut-être, mais elle avait arrêté de pleurer. Et Aven semblait aussi moins coloré... Ou était-ce une vue de l'esprit ? Un espoir si grand chez elle qu'elle y croyait déjà, en somme...La voix d'Izold la sortit de ses réflexions :

  • Aven a quelque chose à vous dire, je crois...

  • Mais t'es folle ! protesta le garçon.

Izold alors se fâcha contre lui, pour la première fois depuis leur amitié, sans craindre de devenir cramoisie comme madame Cloudegirofle, ce qui était une très grande preuve de courage.

  • Tu veux guérir, oui ou non ? T'en as pas marre de te taire, de garder pour toi tout seul ce qui est important pour toi ? Tu t'es promis de paraître dans le livre des Records ou quoi ?

Aven ne la reconnaissait plus.

  • Quel livre des Records ? Et pourquoi d'abord ?...

  • Aven, l'enfant le plus silencieux de la terre... Mais pas n'importe quel silence, car quand il se plaint, on l'entend ! Ça, oui ! Non ! Le silence sur ce qui lui fait le plus plaisir ! Sur ce qu'il aime dans la vie ! Sur ce qu'il trouve beau dans la vie ! Rideau ! Là, personne ne sait rien ! Pas même moi, sa meilleure amie !...

Le jeune garçon n'en revenait pas. Figée par les cris de la petite, madame Dinan l'écoutait comme si elle n'était plus qu'une paire d'oreilles. Madame Cloudegirofle, elle, s'était levée et arborait un immense sourire...Tout le monde pressentait qu'Izold avait raison et attendait...

  • Alors, tu vas lui dire ou non ?! À ta mère...

Aven fut bredouillant, rougissant – hé oui, il y parvenait encore..., mais ce n'était que passager, mais il parvint à dire à sa mère qu'il avait envie de passer des vacances en Corse. Elle en fut ébahie, et s'adressa à la petite :

  • Est-ce que je suis obligée de dire oui ?

La psychologue s'avança alors, retrouvant du même coup toute son énergie professionnelle et ses couleurs naturelles, elle aussi :

  • Mais non, madame, enfin ! Ce n'est pas parce qu'on vous parle d'un désir qu'on vous demande forcément de le réaliser ! On vous demande juste de l'écouter et de le prendre en compte ! D'ailleurs, regardez ! conclut-elle, très sûre d'elle, en désignant Aven avant même de le regarder.

Et en effet, Aven ne présentait plus aucune couleur surnaturelle. Il avait retrouvé toute sa peau, et comptait bien retenir la leçon ! Quant à madame Cloudegirofle, elle se promit de divorcer et de changer de nom, en évitant bien les nouveaux amis portant des noms comme Verdier ou autres noms d'oiseaux...

Cependant, Aven, qui ne partageait pas tout à fait son avis, adressa un clin d'oeil à Izold et lui confia mezzo-vocce : Je vais en parler à mon père. Je suis sûr que lui, j'arriverai à le décider, pour la Corse !...Sur ce, il s'envola de joie à travers la chambre.

Les autres furent stupéfaites. Aussitôt, sa mère lui cria de redescendre immédiatement, que c'était dangereux, qu'un humain n'avait pas à se comporter aussi bizarrement, n'est-ce-pas madame Cloudegirofle ?...

  • Appelez-moi Bécassine !

  • Bécassine ? bredouilla madame Dinan.

  • C'est mon prénom. Je ne supporte plus ce nom de Cloudegirofle. Si votre fils n'avait pas fait cette dernière crise, je serais déjà en route pour réclamer le divorce à mon mari !

  • Comment, une... crise ? Mais vous êtes folle ?

  • Vous ne vous êtes pas regardée, madame ! Faites attention à qui vous parlez ! Je ne me laisserai plus maltraiter désormais ! J'ai compris...

Excédée, Izold hurla soudain. Les deux antagonistes s'arrêtèrent enfin de se disputer pour s'intéresser à elle. Izold, très en colère et à la fois pétillante de joie pour son ami, les apostropha durement :

  • Vous ne voyez que vous ou quoi ? Vous ne le voyez pas, lui ? Regardez cet immense sourire ! Vous le trouvez malheureux, en danger, ou en crise ?

Les deux femmes durent admettre que la petite avait encore une fois raison. Madame Cloudegirofle commençait à en avoir assez de se faire damer le pion par cette petite pimbêche, mais elle dut reconnaître qu'elle avait du style.

  • Tu ne voudrais pas devenir psychologue, plus tard ? lui demanda-t-elle en arborant un sourire professionnel.

Cette fois, la petite hurla, mais de rire... bientôt rejointe par le rire d'Aven qui amorça un bel atterrissage sur l'aile – pardon ! Sur le flan droit. Il se posa en douceur près d'Izold, et lui entoura les épaules de son bras, avec un clin d'oeil.

  • Mince de chez mince ! se dit Izold. Il a un de ces charmes !...

Elle le regarda à la dérobée, pendant qu'il essayait de rassurer les femmes : il maîtrisait très bien la technique, il n'avait pas peur du tout, ça ne faisait pas mal, non, il n'avait jamais fait ça auparavant, oui, il recommencerait, oui en extérieur aussi, oui, il ferait attention aux intempéries et surtout à la foudre... et pendant qu'il parlait, peu à peu, les femmes se turent aussi pour mieux l'observer. Il avait grandi. Sacrément grandi !

  • Aven ! proposa soudain Izold. Viens avec moi...

Elle l'entraîna dans la salle de bains, lui recommanda de monter sur la balance :

  • T'es folle ! Je déteste ces trucs-là !

  • Mais regarde-toi ! Tu es... Tu as...

  • Grandi ! Maigri ! soufflèrent en choeur les deux femmes qui avaient introduit leur nez à la porte de la salle de bains.

  • Vous êtes sûres ?

Il n'eut pas besoin de mots, elles hochèrent toutes la tête avec un sourire ravi.

 

 

Cela faisait une bonne année qu'Aven avait retrouvé le collège, ses copains mais il savait maintenant, que la seule qui comptait vraiment à ses yeux avait pour nom Izold. D'ailleurs, elle devenait plus jolie de jour en jour et ils pouvaient tout se dire sans que l'autre risque de le prendre mal.

Il était capable désormais de rendre de menus services à sa mère, puisqu'il n'avait plus besoin de caprices pour sortir tout ce qu'il ne s'autorisait pas à dire. Quand quelque chose lui tenait à coeur, il en parlait... Même s'il ne le faisait pas tout de suite parce qu'on ne sait pas forcément d'emblée expliquer une nouvelle idée, il se promettait de l'exprimer dès qu'elle serait mûre dans son esprit. Il était maintes fois retourné à l'épicerie, mais n'achetait plus de bonbons, seulement les courses pour sa mère. Cela ne signifiait pas qu'il s'en privait totalement, mais ses parents ou ses amis lui en offraient parfois pour lui faire plaisir. Cela lui suffisait, et il n'oubliait jamais de partager désormais.

Alors qu'ils se promenaient dans le parc, Izold lui demanda :

  • Tes rêves s'inscrivent toujours sur les murs de ta chambre ?

  • Quelquefois...

  • Tu les comprends ? Ou tu comprends pourquoi ?

  • Pas toujours... Mais ce que je sais, c'est que lorsque ça arrive, je dois y faire attention. Ca veut dire que j'ai quelque chose d'important à faire, ou à décider, ou une idée à laquelle je tiens trop mais qui n'en est pas une bonne, au bout du compte et qu'il vaut mieux que j'abandonne...

  • T'as de la chance !

  • Pourquoi ? Toi aussi, tu fais des rêves ?

  • Oui, mais je m'en rappelle jamais ! Ou alors, j'en fais pas du tout, je sais pas...

  • Ça, c'est pas possible. Tout le monde rêve, chaque nuit. Mais tu ne t'en rappelles pas, c'est tout.

  • Ça veut dire que je n'ai rien d'important à vivre, alors ? Ou pas de mauvaises idées à abandonner ?

Elle rit, espiègle. Il rit avec elle et redevint sérieux :

  • Ça veut dire que t'as pas encore appris à y faire attention. La prochaine fois que tu te souviens d'un rêve au réveil, écris-le. Marque surtout quelles étaient tes émotions pendant le rêve, et remarque les couleurs ! C'est important, les couleurs. C'est toujours symbolique de quelque chose d'important, pour toi...

  • Ha ? Pas facile, quand même...

  • Tu prendras l'habitude, et après tu sauras tirer des leçons des ambiances de tes rêves, tu y trouveras des similitudes avec ta vie de tous les jours, ou tu auras des tilts...

  • Bon ! Si tu le dis, j'essaierai...

Ils croisèrent Bécassine dans la rue et la saluèrent. Elle leur dit qu'elle avait retrouvé un compagnon et qu'ils s'adoraient. Ils lui demandèrent si elle avait pris son nom ou préféré garder son nom de jeune-fille.

  • Ha ! Ha ! Je vous vois venir ! dit-elle en riant. Oui, j'ai adopté son nom. Je m'appelle madame Florilège.

Ils le trouvèrent drôlement beau, ce nom... Aven se demanda un instant s'il ne signifiait pas sacrilège, en tout cas, ça sonnait pareil... Mais la psychologue était lancée :

  • Ça signifie anthologie de textes... C'est joli, non ? Et je trouve que c'est si proche des fleurs...

Ils ne comprenaient pas non plus le mot anthologie mais ils comprirent ce qu'elle voulait dire au sujet des fleurs... Elle portait des vêtements qui rappelaient les fleurs, et elle sentait bon, si bon !...

Ils la quittèrent mais elle les rappela :

  • Aven mon garçon ! Tu... voles toujours ?

Elle s'attendait à ce qu'il l'envoie sur les roses, après ce qu'elle lui avait dit des fleurs, ç'aurait été bien fait pour elle, mais, contre toute attente, il lui répondit gentiment :

  • Oui, bien sûr... Mais pas en public !

  • C'est bien ! Tu n'as pas repris de poids, à ce que je vois... C'est bien ! Tu l'expliques, comment ?

  • Que je n'ai pas repris de poids ?

  • Non ! Que tu voles...

Aven croisa le regard malicieux d'Izold. Ils convinrent sans un mot qu'ils pouvaient lui livrer le secret...

  • Quand j'étais petit, j'avais des poches de graisse aux chevilles...

Il poursuivit sans prendre garde aux grands yeux écarquillés de la psychologue.

  • Mes parents et moi, on n'a jamais pu savoir pourquoi ni ce que c'était... Mais, quand j'ai volé dans ma chambre la première fois... Vous savez, vous y étiez !

Elle fit signe que oui, elle se rappelait, vous pensez ! Un truc pareil n'arrive pas tous les jours !

  • En fait, en observant mes chevilles de plus près, on s'est aperçu que c'était des ailes... Petites, mais... suffisantes pour me faire voler.

  • Mercure ! Tu es Mercure !

Izold et Aven se regardèrent de nouveau, inquiets pour la santé mentale de la psychologue... Bien sûr, ils savaient qui était Mercure dans la mythologie romaine, mais de là à...

  • Tu es quelqu'un qui porte les messages... Tu le savais, n'est-ce-pas ?

Non, il ne le savait pas, mais il verrait bien. C'est vrai que, quand il était petit, il rêvait de devenir facteur, sur son vélo... Mais maintenant, il préférerait de loin devenir pilote de ligne ! Mermoz avait bien un nom qui commençait comme Mercure, et avait bien été pilote de l'aéropostale. Pourquoi pas lui ?

 

 

 

 

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